G20 - Londres : Les leaders mondiaux se rassemblent pour résoudre la crise économique

Caritas plaide pour une redistribution des richesses


 31/03/09 – La petite ville de Jwaneng – qui se traduit littéralement par « l'endroit des petites pierres » - dans le désert du Kalahari a contribué à faire du Botswana l’un des pays le plus stables d’Afrique du Sud, en étant la patrie de la plus grande mine de diamants au monde. Mais le mois dernier la société « De Beers » qui exploite les mines a arrêté sa production à Jwaneng ainsi que dans trois autres mines du Botswana. La demande de pierres précieuses – qui représente 70% de l’exportation du Botswana – s’est en effet effondrée dans le sillage de la récession. D’autres mines de Namibie sont également reléguées aux oubliettes alors qu’en République Démocratique du Congo de nombreux mineurs ont déjà été licenciés.

C’est là une bien triste illustration des impacts que peut subir le Tiers-Monde lorsque de nombreux riches occidentaux décident de se serrer la ceinture. De l’éclat d’une boucle d’oreille à la tasse de café quotidienne - autant d’articles de luxe produits par le Tiers-Monde et vendus aux riches occidentaux contre de vitales devises étrangères. En Belgique, la récession emporte avec elle son lot de licenciements et de faillites, mais en Afrique il s’agit bien d’une question de vie ou de mort.

Le combat des plus pauvres pour survivre à cette crise est un thème qui suscite de plus en plus d’intérêt et qui se trouve en bonne place dans l’agenda du prochain G20 qui se tiendra à Londres le 2 avril prochain. Il s’agira de la plus grande réunion de dirigeants mondiaux ayant lieu dans cette ville depuis 46 ans. Lord Malloch Brown, ministre britannique des affaires étrangères, nourrit les pires craintes quant aux conséquences dramatiques que peut avoir l’actuelle tempête économique sur le continent africain déjà fort fragile. « Si l’on prend le cas de la République démocratique du Congo, il y a déjà 200.000 mineurs qui ont perdu leur emploi dans la province du Katanga (province minière par excellence). La région s’appauvrit très rapidement et le manque de devises la contraint à demander un prêt du FMI » dit-il. « Les efforts visant à intégrer les rebelles dans l’armée nationale et à instaurer une paix durable dans tout le pays sont énormément influencés par le fait que le gouvernement n’arrive plus à payer la solde de ses soldats. Ces 12 derniers mois, il y a eu 4 coups d’Etat en Afrique. Ils ne sont pas tous la conséquence de cette crise, mais j’ai le sentiment qu’une vague d’instabilité pourrait à tout moment envahir le continent ».

« Je ne voudrais certainement pas minimiser le traumatisme ressenti lorsqu’on perd sa maison ou son emploi, mais en Afrique, d’après les déclaration de Bob Zellick, président de la Banque Mondiale, 400.000 à 500.000 enfants pourraient payer cette crise de leur vie. La population de ce continent retombe massivement dans la pauvreté avec un réel danger pour sa survie. En automne de l’année dernière, le G20 réuni à Washington s’attendait encore à ce que les pays en voie de développement soient en grande partie épargnés par les conséquences de la crise bancaire. Il y a 10 jours, les dirigeants africains, y compris le premier ministre du Botswana, ont pourtant convaincu le G20 qu’il en allait tout autrement. Aujourd’hui les ministres travaillent d’arrache-pied à un paquet de mesures pour soutenir le continent, telles que des crédits et accords commerciaux qui seront dévoilés cette semaine lors du sommet. Mais cela sera-t-il suffisant pour éviter la fracture au sein du G20 ? Et il est bien question ici des pays développés d’une part, qui sont responsables de la crise actuelle, et des pays émergents d’autre part qui en sont les principales victimes.

La semaine dernière encore, le président du Brésil, Luis da Silva parlait de « banquiers blancs aux yeux bleus » qui ont entraîné les pays émergents dans une pagaille dont ils ne sont pas eux-mêmes responsables. Il a ainsi confirmé la crainte exprimée par de nombreux pays émergents à forte densité de population et avec détermination, il a appelé l’occident à rendre des comptes. Le premier ministre indien abordera au sommet, selon ses propres dires, « le protectionnisme rampant qui prive les asiatiques de leurs emplois ». La Chine revendiquera, en échange d’un soutien financier, plus d’influence au sein du FMI. La présidente du Chili Michele Bachelet soulignera comment, par opposition par exemple avec la Grande-Bretagne, son pays a pendant les « bonnes périodes » mis de l’argent de côté qu'il devra maintenant débourser.

Un nouvel « ordre mondial » surgira-t-il de cette collision des nations ? Et dans l'affirmative, certains pays développés comme la Grande-Bretagne accepteront-ils de ne plus occuper seuls le premier rang du pouvoir et de partager celui-ci avec d’autres puissances émergentes.

S’agira-t-il d’une véritable percée ? Après des semaines de battage médiatique, certains ministres revoient déjà les attentes à la baisse. Interrogé au sujet du sommet, un fonctionnaire britannique a répondu : « Vont-ils résoudre tous les problèmes du monde en deux jours ? Bien sûr que non. » En Allemagne, Angela Merkel déclarait elle aussi hier qu’aucun accord définitif à propos de la régulation bancaire ou du commerce n’interviendrait lors du sommet qui « naturellement ne résoudra pas la crise économique » et qu’une deuxième réunion serait sans doute nécessaire.

Malloch Brown est toutefois optimiste au sujet des chances d’obtenir « un bon paquet de mesures » pour soutenir l'Afrique et de parvenir au retour de la confiance dans les marchés financiers. Mais il ne sera guère facile d’arriver à un accord entre ces pays qui produisent ensemble 85% du PIB mondial. Il y a de grandes divergences d’opinion et les intérêts sont énormes. « Il y a 20 délégués, qui sont réunis dans un espace clos pendant 10 heures. Donc en réalité, ils disposent chacun de 30 minutes. » précise Tony Dolphi, économiste en chef de l’IPPR, une cellule de réflexion. « Et même si seuls six sujets sont traités, il ne leur resterait que cinq minutes par personne et par sujet : que pourront-ils dire en si peu de temps ? »

Un point de débat important pour ce jeudi sera le rôle joué dans le déclenchement de la crise par les différentes habitudes d’épargnes et de dépenses des deux superpuissances économiques que sont l’Amérique et la Chine. Alors que les Américains passent leur temps à faire du shopping (souvent à crédit), les ménages traditionnels chinois mettent de l’argent de côté. Depuis des années déjà la Chine utilise cette épargne afin d’investir à l’étranger, en particulier dans les obligations américaines. Ils gonflent ainsi l’économie américaine et sont donc en partie responsables de l’explosion des crédits. Beaucoup d’économistes pensent qu’un redressement durable n’est possible que si l’on perce cet abcès et que l’on opère un rééquilibrage de l’économie. Les consommateurs chinois seraient dans ce cas encouragés à dépenser un peu plus – afin de diminuer le déficit commercial des Etats-Unis – et les Américains devraient quant à eux dépenser moins. Malloch Brown suggère que les Européens devraient eux aussi réapprendre l’art de l’épargne.

« Il est évident que nous ne pouvons retourner au monde que nous connaissions avant la crise. Nous devons tenter de trouver un nouvel équilibre entre dépenser, épargner et emprunter. L’ancien modèle, où c’était essentiellement le consommateur américain qui faisait tourner l’économie mondiale, au gré de ses dépenses et de ses crédits, est définitivement révolu. Par contre, nous nous dirigeons vers une situation où les pays d’Asie commenceraient de plus en plus à dépenser en interne. Les pays occidentaux doivent en revanche se tourner vers un style de vie plus prudent et plus modéré. Les consommateurs devront apprendre à vivre « au sein de leurs frontières écologiques », dit-il, ce qui pourrait avoir une forte influence sur le niveau de vie de ceux qui sont attachés aux voitures et aux billets d'avion bon marché.
Mais les négociations les plus difficiles de cette semaine tourneront principalement autour du commerce. Le sommet devra sans doute aborder la question de la tentation du protectionnisme mais probablement sans définir précisément ce que ce terme implique. Ce qui ne manquera pas d’irriter les pays émergents qui estiment que les mesures de soutien aux banques des Etats-Unis et du Royaume Uni favorisent uniquement le marché intérieur des crédits, au détriment des crédits à l’étranger.

Pour l'instant, c’est l'attente... Ce sommet du G-20 pourrait annoncer le début d'une redistribution des richesses, aussi légère soit-elle. On connaît suffisamment les conséquences du statu quo actuel. Par conséquent Caritas exhorte le G20 à ne pas éluder ses responsabilités, et demande une plus grande participation des pays pauvres et émergents au processus de décision de l’ONU, du FMI et de la Banque Mondiale. La problématique des paradis fiscaux doit également, d’après Caritas, être une priorité de l’agenda. Enfin, Caritas demande que les promesses soient tenues. Alors que les pays riches avaient promis solennellement il y a 40 ans de consacrer 0,7% de leur PNB à l'aide au développement, il n’y a effectivement que 5 pays qui parviennent à ce pourcentage. Les Etats-Unis, quant à eux, atteignent à peine les 0,2% !



* Caritas Internationalis appelle le G20 à mettre de l'éthique dans l'économie.
* Caritas Internationalis G20 blog.


 

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