23/03/09 - La crise financière et économique actuelle touche le monde entier, mais plus particulièrement les pays les plus pauvres. Les conséquences de cette crise se font le plus durement ressentir en Afrique où les populations locales ont plus que jamais besoin de notre soutien. C’est ce qu’a déclaré Lesley-Anne Knight, Secrétaire générale de l'organisation humanitaire « Caritas Internationalis » au cours d'une allocution vivement remarquée dans la capitale kényane, Nairobi en marge de la visite pontificale à 2 pays africains (17-23 mars '09). Caritas concentre tous ses efforts sur le plan mondial afin d’éviter que les plus vulnérables et les plus démunis ne soient laissés à leur sort et ne s’enfoncent encore plus dans la pauvreté. La crise constitue une menace pour la solidarité avec les pays les plus pauvres, avec l’Afrique notamment. Les pays riches du « Premier monde » font des efforts gigantesques pour soutenir leur propre économie et les institutions financières, au détriment « du Tiers-Monde », où chaque année presque 10 millions d'enfants meurent de privation ou de maladie. Les Etats-Unis et l'Union Européenne ont dépensé l’an dernier 40 fois plus pour combattre la crise financière que pour lutter contre la pauvreté et les changements climatiques. Alors qu’il y a une quarantaine d’année, les états riches avaient promis solennellement de consacrer 0,7 % de leur PNB à l'aide au développement international, il n’y a actuellement que 5 pays qui atteignent ce pourcentage. Les Etats-Unis quant à eux n’ont jamais fait mieux qu’un peu plus de 0,2% ! Pour venir en aide à leur propre secteur financier et économique vacillant, le nouveau président américain Obama a injecté quelque 800 milliards de dollars dans un plan de sauvetage. Ce montant vertigineux correspond environ à ce que les 23 pays les plus riches du monde ont consacré ensemble à l’aide au développement durant ces 10 dernières années. Puisque les gouvernements et le secteur privé des pays riches se focalisent désormais sur leurs propres problèmes urgents (le sauvetage des banques et des sociétés en difficulté), bon nombre de problèmes mondiaux risquent d’être négligés, d’après « Caritas International ». 1. la lutte contre la pauvreté L’Objectif du Millénaire des Nations Unies – à savoir, la réduction de moitié d'ici 2015 du nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté – semble de plus en plus impossible à atteindre. En effet, la crise mondiale actuelle menace tant les progrès déjà réalisés que ceux encore à venir. Selon la Banque Mondiale, en un quart de siècle, ce sont des centaines de millions de gens qui sont passés sous le seuil de pauvreté extrême. Et le Programme Alimentaire Mondial (PAM) de l’ONU prédit que – cette année encore – le nombre de personnes souffrant de la faim augmentera de 130 millions pour attendre le chiffre affolant de 980 millions d’individus ! L’organisation internationale du travail prédit, quant à elle, que les disparités entre les revenus seront, elles aussi, exacerbées par la crise financière. De fait, même dans les pays occidentaux, on constate une alarmante augmentation du nombre de pauvres qui viennent frapper à la porte des organisations humanitaires ou des centres d’accueil. Les gouvernements des pays riches occidentaux ne doivent pourtant pas utiliser leurs politiques intérieures financièrement difficiles comme prétexte pour renvoyer au second plan les accords conclus pour lutter contre la pauvreté dans le monde. Les gouvernements ont en effet tendance à passer au mode protectionniste, dont le danger est que les personnes les moins responsables de la crise en sont les plus durement touchées. 2. la sécurité alimentaire En Afrique, les réformes agraires sont essentielles pour garantir tant la sécurité alimentaire que la croissance économique. Pour emboîter le pas à l’accroissement estimé de la population, le monde devra doubler sa production actuelle de nourriture d’ici 40 ans. Cette production est toutefois menacée par la crise mondiale actuelle, la pénurie toujours croissante d’eau, les changements climatiques et l’augmentation des frais de carburant et de transport. « Caritas International » plaide pour une urgente « révolution verte » de l'agriculture africaine, c’est-à-dire mettre à profit tous les moyens matériels et humains disponibles pour subvenir aux besoins élémentaires de ceux qui n’ont pas accès à la nourriture et à l’eau potable. L'agriculture à petite échelle (dans laquelle les femmes jouent un rôle clé en Afrique) doit faire partie intégrante de la production et de la distribution des vivres. 3. les changements climatiques D’après les estimations de la Croix-Rouge Internationale, il y aurait déjà entre 25 et 50 millions de réfugiés suite aux changements climatiques et ce nombre pourrait atteindre les 250 millions d’ici 2020, surtout dans les villes côtières pauvres et de basse altitude ou dans les régions où le désert progresse. Même si les plans de réduction de CO2 sont mis en œuvre, on redoute malgré tout le mouvement de millions de « réfugiés du climat » surtout dans les pays pauvres et en Afrique notamment. Il n’y a plus une minute à perdre. Lors de la prochaine Convention des Nations Unies qui se tiendra à Copenhague, il est impératif de parvenir à un accord radical basé sur la justice climatique et sur le principe du « pollueur payeur ». Les 10 pays les plus riches du monde se sont engagés il y a 7 ans à verser ensemble environ 18 milliards de dollars. A ce jour le montant dégagé n’atteint même pas les 10% de la somme promise ! Or, selon les Nations Unies, chaque année 50 à 70 milliards de dollars d’investissements seront nécessaires pour aider les pays les plus pauvres à lutter contre les inondations, la sécheresse et les vagues de chaleur. Le protocole de Kyoto (1997) oblige les pays industrialisés à assister financièrement les pays pauvres. Mais jusqu’à présent seul 12 pays se sont engagés à verser 6,1 milliards dans deux fonds climatiques de la Banque Mondiale. Mais de cette somme rien n’a encore été versé. 4. la migration On s’attend à ce que la crise financière ait une influence dramatique sur la vie des travailleurs migrants qui seront les premiers à perdre leur emploi. On assistera sans doute à une intensification de la circulation des personnes dans les deux sens : d’un côté les immigrés rentreront chez eux après avoir perdu leur emploi à l’étranger alors que de l’autre les travailleurs licenciés dans leur propre pays chercheront à s’expatrier en quête de travail. Les migrants devront faire face dans le futur à des conditions de travail de plus en plus difficiles, à de moins en moins de possibilités d’emploi et à plus de discrimination. La pauvreté croissante, les crises, les conflits, les catastrophes naturelles et les changements climatiques sont déjà à l’origine de plus de 160 millions de personnes déplacées de force de par le monde. Pratiquement la moitié (et d’ici 2050 même les deux-tiers !) de la population mondiale vit dans les villes et 1 citadin sur trois souffre d’une pauvreté extrême. 5. les maladies Les hauts responsables en charge de la santé publique des Nations Unies exhortent les gouvernements à ne pas opérer de coupe dans les budgets des soins de santé, ceci afin d’éviter les dangereux précédents historiques. Prenons pour seul exemple le cas de la précédente crise financière en Asie (1997-1998), où la malaria avait pris de l’ampleur parce que le budget lié à la recherche et au personnel soignant avait été drastiquement diminué. Il est probable que l’épidémie de choléra au Zimbabwe ne soit que la première d’une longue série d’épidémies qui éclateront dans le sillage de l’actuelle crise économico-financière. Si les fonds alloués actuellement stagnent ou diminuent, on assistera sans doute à une recrudescence de maladies telles que la tuberculose, le VIH/SIDA et la malaria dans les régions les plus vulnérables d’Afrique et d’Asie du Sud-Est. 6. la pénurie d’eau En matière d’eau, le monde vit actuellement dans une « bulle » instable et fragile qui a déjà éclaté dans de nombreux endroits d’Afrique, mais aussi en Chine, au Moyen-Orient et dans certaines régions des Etats-Unis. Les nappes phréatiques s’épuisent et les fleuves s’assèchent avant même d’atteindre la mer. Des milliards de personnes risquent de pâtir de cette pénurie d’eau potable, ou du manque d’hygiène et de production de vivres qui en découle. Il n’y a désormais plus assez d’eau potable disponible pour faire tout ce que nous voulons. On ne s’imagine pas toujours combien d’eau est nécessaire à la production et à l’utilisation des choses de tous les jours, comme par exemple une simple tasse de café. La production de grains pour un litre de café nécessite 1.120 litres d’eau, soit environ 140 litres par tasse ! Dans ce contexte, Caritas se doit de mieux informer au sujet de la préservation des ressources d’eau et de l’utilisation de l’eau potable. Nous ne pouvons rester les bras croisés. La pénurie d’eau touchera surtout les pays les plus pauvres dans les prochaines années. Mais on a calculé que d’ici à 2030, quasiment la moitié de la population mondiale vivra dans des régions touchées par la pénurie d’eau potable. Les chiffres actuels en disent déjà long : environ 1 milliard d’individus souffrent du manque d’eau, 16% seulement de la population mondiale dispose d’eau courante à la maison alors que 84% d’entre elle doit s’approvisionner à des sources de mauvaise qualité et que 8 millions de personnes, principalement des enfants, meurent chaque année empoisonnées par de l’eau contaminée. 7. les catastrophes naturelles Il y a une importante et croissante concentration de populations pauvres dans les territoires présentant des risques élevés de catastrophes naturelles (séismes, inondations, cyclones, sécheresses et changements climatiques). Les catastrophes naturelles, survenues au Tiers-Monde, ont été responsables au cours des 25 dernières années de quelque 75% de pertes économiques et de 72% du taux de mortalité. Caritas veut alléger les souffrances et sauver le plus de vies possibles notamment en développant et en assurant la promotion de plans d'évacuation en cas d’inondations ou de tsunamis. 8. les conflits La crise financière mondiale et l'appauvrissement qui en découle, menacent la stabilité sociale dans nombre de pays vulnérables et peuvent être source de toutes sortes de conflits. Les réactions internationales aux divers conflits aussi bien en Afrique (Darfour, Soudan, Nord-Est de la RD Congo, Somalie et Zimbabwe), qu’au Moyen-Orient, au Sri Lanka, etc. sont (scandaleusement) insuffisantes. La structure actuelle des institutions internationales ne semble pas être en mesure de faire face à de tels défis. Aussi longtemps que les Africains n’auront pas le sentiment de pouvoir mener une existence plus digne, le continent noir ne connaîtra aucune stabilité politique durable et ne pourra faire face aux effets dévastateurs de la pauvreté. La population d’Afrique subit la détérioration des conditions de vie, la disparition des services sociaux, la progression de maladies telles que le VIH/SIDA, la violation des Droits de l'Homme et des conflits « soutenus par des trafiquants d’armes ». Ces problèmes persistent en dépit d’une plus grande solidarité et d’une augmentation significative de l'aide étrangère. La plupart de l’aide destinée à l’Afrique donne des résultats tangibles mais paradoxalement elle touche assez difficilement les plus démunis. Il est donc du devoir de « Caritas International » de veiller à ce que l’aide soit acheminée efficacement au bénéfice des plus pauvres. 9. la crise d'autorité La crise financière actuelle dans le monde n’est pas uniquement à imputer à un échec des systèmes économiques. Elle est surtout le résultat d'une crise d'autorité, une crise des valeurs morales. La cupidité, l'exclusion, l'injustice et l'inégalité triomphent partout. 60% de la population mondiale doivent vivre avec 6% du revenu mondial. Dans un monde où de plus en plus le gouffre se creuse profondément entre riches et pauvres, entre le Nord et le Sud, entre nous et eux, nous avons besoin plus que jamais de dirigeants politiques capables d’intégrer dans leur gouvernance des valeurs telles que l'intégrité, la solidarité, le souci du bien commun ainsi que le respect de la dignité humaine, des Droits de l'Homme et de l'environnement, etc. Dans un monde qui semble rétrécir, la mission morale de « Caritas International » est d’œuvrer pour tous, dans le souci du bien commun, avec une option préférentielle pour les plus pauvres.
En annexe : le discours intégral de la Secrétaire générale (pdf) : Version anglaise Version française |