LA HAUSSE DES PRIX DES DENRÉES ALIMENTAIRES TOUCHE SURTOUT LES PAUVRES

 27/01/2010 - Selon Caritas, des millions de gens, dont les pauvres, sont touchés par la fulgurante hausse des prix des denrées alimentaires de ces derniers mois. En décembre, l'indice des prix des denrées alimentaires de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture) atteignait 214,7 points contre 206 en novembre. Du coup, les prix des denrées alimentaires dans le monde se hissèrent à un nouveau niveau record. Ce sont surtout les céréales, la viande, le sucre et les graines oléagineuses qui coûtent désormais plus cher. Dans certains pays, le prix des produits agricoles tels que le blé, le maïs et le riz a même désormais dépassé le niveau record de 2008.

Des chiffres alarmants

Selon un récent rapport rédigé par une cellule de réflexion britannique en collaboration avec des experts de 35 pays, à l'heure actuelle, environ 925 millions de personnes ont faim. 1 milliard d'êtres humains souffrent également de "faim cachée", car ils ne varient pas suffisamment leur nourriture et se passent de ce fait de substances nutritives essentielles. Depuis 2002 déjà, les prix des denrées alimentaires augmentent constamment et sont aujourd'hui 65 % plus élevés. Les stocks de céréales dans le monde ont diminué à un peu plus de 400 millions de tonnes, c'est-à-dire à peine assez pour nourrir la population pendant 8 à 12 semaines.

Selon le rapport, l'époque de la nourriture bon marché semble révolue pour de bon. En effet, ces 50 prochaines années, le prix des principales denrées alimentaires va augmenter de 50 à 100 %! Contrairement à ces dernières décennies, la croissance de la productivité ne peut plus suivre la demande grandissante en nourriture. Cette année, la population mondiale va dépasser le cap des 7 milliards d'habitants et si nous voulons être capables de nourrir en 2040 une population mondiale estimée à environ 9 milliards de personnes, nous devons absolument accomplir une véritable révolution agricole. Les méthodes agricoles actuelles sont basées sur une production plus rapide que ne le permet la nature, ce qui est un frein à la régénération naturelle des terres arables. Le système alimentaire global fonctionne bien au-delà de ses moyens.

Pascal Lamy, directeur général de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), parle à court terme d'une situation d'"état d'alerte" à l'échelle mondiale. À cause de la hausse des prix des denrées alimentaires et du carburant, les récents troubles sociaux dans le nord de l'Afrique et au Moyen-Orient, tels que les émeutes de la faim en Algérie du début de ce mois (5 morts et 800 blessés), risquent de se propager vers d'autres pays.

Risque-t-on une nouvelle crise alimentaire ?

 Les experts de Caritas craignent une nouvelle crise alimentaire majeure semblable à celle de 2008, durant laquelle de nombreuses émeutes de la faim se déclenchèrent dans des pays en voie de développement. Lorsque les prix des denrées alimentaires augmentent très rapidement, il devient encore plus difficile pour de nombreux pauvres d'acheter de la nourriture. Selon Christine Campeau, conseillère auprès du réseau Caritas : " Caritas est fortement préoccupée par la situation, car la hausse des prix alimentaires touche avant tout les consommateurs les plus pauvres puisqu'ils consacrent une proportion plus importante de leur revenu à la nourriture. La crise actuelle montre une fois de plus la vulnérabilité des pauvres face à la volatilité des prix alimentaires."

Selon Sunil Simon de Caritas Inde : " En Inde, la hausse des prix affecte en général les plus pauvres, mais cette fois-ci, elle est si importante que la classe moyenne en souffre aussi. Ces hausses sont en partie causées par un dysfonctionnement des marchés ou des marchés défaillants. Les marchés sont contrôlés par trop d'intermédiaires. On ne planifie pas la demande, il y a des problèmes de corruption et un manque de transparence. Les pauvres n'ont aucune chance de pouvoir se sortir de leur situation difficile. En effet, ils sont déjà fortement touchés par les conséquences négatives des changements climatiques sur la production alimentaire et par la volatilité des prix provoquée par la spéculation et par les catastrophes naturelles."

Sunil Simon a également ajouté que : " En Inde, nous nous occupons tout particulièrement de la situation des petits paysans depuis qu'il y a eu une série de suicides en 2007. Leur cas illustre très bien la situation désespérée des populations les plus vulnérables qui n'ont pas d'avenir. La plupart du temps, ces paysans récoltaient moins de ce qu'ils avaient investi dans leur production. Trop pauvres ou déjà endettés, les banques ne leur octroyaient pas de crédits et ils étaient obligés d'accepter des taux d'intérêt très élevés auprès d'autres prêteurs."

Caritas Inde a mis en place des petits programmes d'aide locaux destinés aux pauvres paysans dans la plupart des régions les plus vulnérables du pays. Caritas les aide à gérer les sécheresses ou les mauvaises récoltes, leur enseigne des techniques agricoles plus efficaces et les aide à planifier leurs finances pour ne plus dépendre des prêteurs. Selon Sunil Simon de Caritas Inde : " Malheureusement, nous ne sommes pas capables de nourrir tout le pays. L'Inde a beaucoup trop d'habitants. Nous devons aider les gens à s'en sortir par eux-mêmes et leur offrir des opportunités qui leur permettent d'avoir un revenu suffisant."

Causes et solutions

 Selon Jacques Diouf, directeur général de la FAO, la crise alimentaire est surtout provoquée dans les pays en voie de développement par la migration continuelle des populations rurales vers les villes, ce qui provoque la détérioration de la production alimentaire. Cet exode vers les agglomérations urbaines surpeuplées doit être rapidement freiné en favorisant principalement l'agriculture dans les campagnes et en rendant ce secteur plus attractif, plus productif et donc plus rentable. Dans les pays en voie de développement, environ 30 % de la nourriture est perdue avant même d'avoir été récoltée et 25 à 30 % à cause de la durée limitée de conservation, d'un manque d'entrepôt et d'une gestion inefficace des stocks de nourriture.

Les changements climatiques, caractérisés par des périodes extrêmement froides, des sécheresses prolongées et d'importantes inondations, ont une influence négative dans le tiers-monde. L'aide au développement doit donner la priorité aux projets d'épuration, de stockage et d'approvisionnement d'eau. Il peut s'agir par exemple du dessalement, du traitement des eaux, ou encore de la séparation de l'eau de pluie et de celle des égouts. Cette dernière technique permettrait de stocker l'eau lors de fortes précipitations et de la distribuer pendant une sécheresse.

Dans les pays émergents, tels que la Chine et l'Inde (qui constituent plus de 1/3 de la population mondiale), nous assistons à une demande croissante en lait et en viande, ce qui se traduit également par une demande plus importante en nourriture pour le bétail. Ces pays émergents devront donc investir davantage dans l'agriculture.

Même les pays riches ne sont pas épargnés, car ils utilisent de plus en plus de terres pour la production de biocarburants et parce que les investisseurs et les spéculateurs en font monter les prix. Ces pays sont coupables de gaspiller énormément. En effet, environ un quart de la nourriture fraîche achetée est jetée. Les pays en voie de développement doivent consacrer plus d'hommes et de moyens pour la recherche scientifique de nouvelles formes d'énergie, étant donné l'inéluctable baisse actuelle des réserves de pétrole et la hausse des prix du carburant.

La sécurité alimentaire est parmi les premières priorités dans l'agenda politique international

Les ministres de l'Agriculture de l'UE ont demandé au G-20 (les 20 pays les plus industrialisés et les pays émergents) de prendre des mesures radicales. Ces dernières doivent permettre de contenir la spéculation, la manipulation et la volatilité des prix sur le marché international pour les denrées alimentaires, les matières premières et l'énergie. Une transparence totale du marché mondial de l'alimentation est également cruciale. En effet, il est important de savoir qui achète et qui vend quel produit, mais aussi quels pays possèdent des stocks et lesquels n'en ont pas pour faire face aux besoins à court terme. Le président français Sarkozy, cette année également président du G-20, a promis d'arriver à conclure des accords concrets sur ce point lors du sommet qui réunira 20 chefs d'État et de gouvernement les 3 et 4 novembre à Cannes. Selon lui, la spéculation est la cause principale de la forte augmentation des prix des denrées alimentaires : " La spéculation nourrit la pénurie et la pénurie nourrit la spéculation ". Si le G-20 n'entreprend rien pour y faire face, le risque d'émeutes de la faim dans les pays pauvres augmente de plus en plus, tout comme les conséquences négatives pour la croissance économique mondiale.

 

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