Synode pour le Moyen-Orient : abattre les murs entre religions

 18/10/2010 - Le réseau Caritas Internationalis plaide pour un rapprochement interreligieux et inter-église au cœur d’une région marquée par les conflits politiques et religieux, à l’occasion de l’Assemblée spéciale du synode des évêques pour le Moyen-Orient, qui se tient en ce moment (10-24 octobre) à Rome. 185 évêques, 36 experts et 34 représentants d’églises non-catholiques et d’autres cultes (islam et judaïsme) prennent part au rendez-vous. Ils aborderont ensemble la problématique sensible des minorités chrétiennes du Moyen-Orient.

Questions similaires à l’agenda des discussions à Rome : la division interne entre les nombreuses communautés chrétiennes de la région, le conflit israélo-palestinien, la situation en Irak, le fondamentalisme musulman et le droit des chrétiens d’exercer leur foi.

Une région pluraliste


Caritas sera représentée au synode par Joseph Farah, Président de Caritas MONA (Moyen-Orient et Afrique du Nord) : « Le Moyen-Orient est une région très particulière, pluraliste aussi bien au niveau des religions que des civilisations. Même au sein de l’Eglise catholique, on retrouve ce pluralisme. Il y a les maronites, les syriaques, les grecs catholiques, les arméniens, les latins, les chaldéens etc. – et toutes ces Eglises ont leurs propres organisations hiérarchiques et sociales, des hôpitaux, des écoles etc. Pour le moment, la coopération entre églises et avec les autres confessions est appelée à se développer, et il faudrait faire plus d’efforts pour renforcer les partenariats et le dialogue pour une Action plus concrète. En raison des nombreux défis et du pluralisme de notre région, le Moyen-Orient est - par excellence - le laboratoire de l’esprit de réconciliation que l’Eglise voudrait promouvoir dans l’intérêt de l’humanité. »

Au cœur de la minorité

Les chrétiens constituent une courte minorité dans la plupart des pays du Moyen-Orient. Au cours des dernières décennies, leur nombre s’est en outre considérablement réduit. Il y a un siècle, près de 20% de la population de la région était chrétienne. Ils ne sont aujourd’hui plus que 5%, et leur nombre continue à baisser. On estime aujourd’hui à environ 20 millions le nombre de chrétiens, en grande majorité orthodoxes, dans la région qui a vu naître Jésus et où le christianisme s’est répandu au cours des premiers siècles de notre ère. Les chrétiens représentent 5,62% de la population, sur les quelques 365 millions d’habitants, essentiellement musulmans, que comte le Moyen-Orient. Avec 1,5 million de chrétiens, soit 35% de la population, le Liban fait figure d’exception. Les catholiques, répartis entre 7 églises, constituent une maigre minorité de 5,7 millions de personnes, soit 1,6% de la population.

En différents endroits du Moyen-Orient, les chrétiens sont marginalisés, discriminés voire la cible de violences. Malgré leur présence de longue date dans la région, beaucoup de fidèles se sentent menacés. Certains choisissent l’exode, d’autres se retranchent dans des ghettos ou s’isolent au sein de communautés chrétiennes reculées.

Pour le rapprochement et la collaboration

Caritas Internationalis invite les chrétiens à rompre avec le processus de marginalisation et d’exode et à refuser l’isolement. Un dialogue entre les différentes églises chrétiennes et un rapprochement entre les trois grands monothéismes (le christianisme, l’islam et le judaïsme) s’impose. Tisser des liens de confiance et des axes de collaboration entre les parties prenantes aux conflits politiques et religieux qui minent la région sont des conditions essentielles pour la signature d’une paix durable au Moyen-Orient.

 « Le synode sera également une occasion d’évaluer la situation sociale et religieuse de la région afin de donner aux chrétiens une vision claire de l’importance de leur présence dans les sociétés musulmanes, ainsi que de leur rôle et de leur mission dans les pays dans lesquels ils vivent. Il est urgent de trouver des moyens pour promouvoir la paix dans cette région du monde où règnent les tensions. C’est une question cruciale non seulement pour le Moyen-Orient, mais aussi pour la paix et la stabilité du monde entier qui dépend en large mesure de la solution aux conflits qui sévissent dans la région », commente Lesley-Anne Knight, Secrétaire générale de Caritas Internationalis.

Caritas mène depuis longtemps des programmes de soutien dans l’ensemble de la région, notamment dans les domaines de la santé et de l’éducation, et s’y engage en faveur de la paix et du dialogue interconfessionnel. Ces programmes sont destinés aux plus démunis, sans distinctions de race, de religion ou de culture. Dans les centres Caritas de Bagdad, par exemple, les collaborateurs de Caritas (appelés là-bas les « témoins de la paix »), qu’ils soient médecins, travailleurs sociaux ou enseignants, mettent tout en œuvre – sans considération aucune pour les appartenances religieuses, politiques ou culturelles – pour assurer la continuité de leurs services sociaux et en matière d’éducation et de soins de santé, auprès des femmes enceintes et des enfants malnutris.

Caritas donne l’exemple

Caritas a notamment pris part à l’initiative « Convoi pour la Paix » à Gaza, au cours de laquelle des rabbins, des imans et des prêtres ont acheminé ensemble 3 camions chargés de matériel humanitaire (kits d’hygiène) au bénéfice de Caritas-Jerusalem. Caritas contribue ainsi à répandre la culture du don, à promouvoir le volontariat et un vivre-ensemble plus harmonieux. En rompant avec la spirale de la violence ethno-religieuse et politique, Caritas entend ainsi remettre au centre du débat la compréhension mutuelle, la dignité humaine et le bien-être général.

Caritas vient également en aide à une minorité chrétienne en développement dans la région avec l’arrivée de migrants catholiques, principalement des femmes, originaires d’Asie et d’Afrique. Ces dernières sont souvent employées comme personnel de maison dans les états du Golfe. Dans des pays comme l’Arabie saoudite où le prosélytisme reste passible de peine de mort, les travailleurs étrangers n’ont pas toujours la liberté d’exercer leur religion. Des centres Caritas spéciaux sont mis sur pied pour soutenir ces femmes et leur apporter une aide matérielle, médicale ou juridique et lutter contre leur exploitation.


Quelques chiffres marquants :

  • En Turquie, entre le début du siècle dernier et aujourd’hui, le nombre de chrétiens est passé de 25 à 0,2%. Cette quasi disparation est liée à l’extermination des Arméniens chrétiens sous la fin de l’Empire ottoman et au départ forcé des Grecs.
  • On compte 150.000 chrétiens en Israël, soit environ 2% de la population. Á Bethléem, leur nombre est passé de 20.000 en 1995 à 7.500 quinze ans plus tard. Dans les territoires palestiniens, vivent près de 50.000 chrétiens, environ 0,8% de la population.
  • En Égypte, les 8 millions de chrétiens, appartenant en majorité à l’église copte orthodoxe, représentent près de 10% de la population. Ils constituent la première communauté chrétienne des 17 pays du Moyen-Orient.
  • La Jordanie compte près de 150.000 chrétiens, pour la plupart grecs orthodoxes (2,4% de la population).
  • Selon les estimations, il y a près de 850.000 chrétiens en Syrie, environ 5% de la population. Près de la moitié d’entre eux appartiennent à une église liée à Rome.
  • En Iran, vivent 135.000 chrétiens, soit 0,3% de la population.
  • En Irak, la part de chrétiens au sein de la population est descendue en flèche depuis l’invasion de mars 2003. Des dizaines de milliers de chaldéens ont depuis lors quitté le pays pour échapper aux violences et aux persécutions. Une partie d’entre eux a trouvé refuge dans les régions kurdes, relativement plus sûres, du nord de l’Irak. On estime aujourd’hui leur nombre à 600.000, soit 2,1% de la population. L’Irak comptait 1,2 million de chrétiens en 1987.


 

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