Lors de son Conseil d'Administration du 24 avril 2008, Caritas International nomme l'Amiral e.r. Michel Verhulst président de l'organisation. Il succède ainsi à Monsieur Pierre Géhot, président de Caritas de 2001 à 2008. L'Amiral de division e.r. M. Verhulst naît à Bruxelles le 19 mai 1942. En 1961 il rejoint la 116e promotion polytechnique à l'Ecole Royale Militaire et termine ses études d'ingénieur civil fin 1966. Le 26 décembre 1992, il est nommé amiral de division et prend la direction de la Division Opérations à l'état-major général. De 1995 à 2001, M. Verhulst assume la fonction de Chef d'état-major de la Marine Belge. En 2002 il est élu président de l'Académie Royale de Marine de Belgique. Peu après, il devient chargé de mission au Musée royal de l'Armée et d'Histoire militaire. Après cette brillante carrière à la marine, Monsieur Verhulst s'engage résolument dans le monde associatif, dès 1999. Il rejoint Caritas International en 2005 en tant que membre du Conseil d'Administration. Son choix n'est pas fortuit. Père de cinq enfants et grand père de quinze petits-enfants, il désire participer à la construction d'un monde de justice et d'amour auquel chaque enfant de cette planète a droit. A l'occasion de sa nomination pour laquelle nous lui présentons nos plus vives félicitations, il nous a accordé une interview dont voici de larges extraits.
Monsieur Verhulst, quels sont les motifs de votre engagement dans le monde des ONG et, plus particulièrement une ONG chrétienne ? M.V.: Le Monde des ONG est un monde à part mais il s'agit d'un monde qui est, par définition, ouvert au monde. Tout mon cheminement m'a préparé à cette ouverture. Mon père, de par son métier, était un grand voyageur. Depuis mon enfance, j'ai donc été régulièrement en contact avec des visiteurs venus du monde entier. Et puis, il y a eu ma profession de marin où l'horizon est un appel à l'outre-mer plutôt qu'une frontière. Les différents événements qui ont marqué ma vie ont tous été invitation à la découverte d'une planète dont nous sommes, tout compte fait, responsables vis-à-vis de nos enfants et petits-enfants. Ils ont droit à un monde où il fait bon vivre, un monde de justice et d'amour. A chaque époque de notre histoire, à chaque génération, il y a eu des défenseurs acharnés de la justice. Notre génération est riche de l'abbé Pierre, de Sœur Emmanuelle, de mère Thérésa, de Guy Gilbert et de bien d'autres encore. Ils sont des électrons libres en ligne directe avec l'évangile et le Christ. Ils sont nos guides d'aujourd'hui. Etre père et grand-père oblige l'homme à constater que l'avenir de ses enfants, de ses petits enfants et de toutes les futures générations européennes dépend de la qualité des relations que nous entretenons avec les peuples des autres continents. C'est ce qui explique en grande partie mon engagement dans le monde associatif. Quant aux choix d'une ONG chrétienne, celui-ci paraît naturel pour un pratiquant régulier. Toutefois la raison essentielle de ce choix réside dans la « culture d'entreprise » d'une telle association. Elle est littéralement branchée sur la vie du Christ, une vie d'amour total, un chemin « en vérité » vers l'épanouissement personnel. Car il n'y a pas d'épanouissement personnel sans amour. De quelle manière voyez-vous l'avenir de Caritas International, sa place dans une société moderne et sécularisée ? Ses forces, ses faiblesses, ses métiers, son évolution, .... M.V.: Cette question devrait être posée à Monsieur Géhot, mon prédécesseur. Son expérience de Caritas durant sept années de présidence, lui permet de s'exprimer en connaissance de cause. Ceci dit, je crois que tout réside dans le principe « sans distinction de race, de sexe, de statut social, de convictions philosophiques ou religieuses ». Ce principe constitue l'élément qui nous ouvre aux autres. Quant à l'activité de Caritas, elle consiste à poursuivre la route tracée par mon prédécesseur, à savoir, persévérer dans notre effort selon trois axes d'actions : aide alimentaire d'urgence, développement et aide aux migrants. Nous renforcerons, dans la mesure du possible, la collaboration avec d'autres ONG, ceci afin de développer ensemble une approche globale des urgences afin d'assurer la pérennité aux investissements. Puis, nous modifierons éventuellement le cap lorsque les événements l'exigeront et lorsque l'expérience de toute l'équipe qui veille à l'exécution de la mission de Caritas le permettra. Quelles ont été les réactions de vos proches face à cette nouvelle tâche exigeante ? M.V.: J'ai reçu énormément de félicitations de mes amis mais je soupçonne certains d'entre eux de ne pas très bien comprendre. Ils s'étonnent qu'un retraité, en excellente santé, ne consacre pas ces quelques belles années à venir à sa famille, aux voyages, aux loisirs, au confort, au jardinage, etc. Quant à ma famille, celle-ci partage la volonté d'agir en faveur des projets de Caritas et accepte donc l'indisponibilité qui en résulte. Quelle est la personne que vous admirez le plus et pourquoi ? M.V.: Ma femme... Durant les 14 premières années de vie commune, elle a parfaitement géré le foyer de cinq enfants d'un marin absent la plupart du temps. Ensuite, elle a toujours été présente à mes côtés avec intelligence, charme et élégance. Aujourd'hui encore, outre sa profession de kinésithérapeute, elle participe activement à de nombreuses activités caritatives. Actuellement, elle s'occupe entre autres d'une école pour handicapés. Elle aime toutefois réserver du temps à ses enfants et petits-enfants. Quels sont vos centres d'intérêts ? M.V.: Tout ce qui a trait à la mer, l'Europe et le monde et donc, à l'avenir de mes enfants, leur progéniture et les vôtres ! Quels sont, selon vous, les grands défis de ce monde par rapport à la situation dans les pays du Sud ? M.V.: Sœur Emmanuelle dit : « Je viens pour plus de justice avant de venir pour plus d'amour ». La Belgique, et de manière plus générale, l'Europe ont une responsabilité. Elles doivent gérer le déficit de justice et de respect de l'être humain dans le monde non seulement par un accroissement de la coopération internationale, surtout avec l'Afrique, notre partenaire géographique naturel et historique, mais également par une gestion plus soucieuse de la personne et de son bien être dans les relations politiques et commerciales. Quel est votre message pour nos donateurs et pour le personnel Caritas ? M.V.: La dénomination « Caritas International Belgique » résume adéquatement le défi posé au personnel et aux donateurs de notre institution : - Caritas : pour plus de solidarité et fraternité entre les hommes.
- International : quelles que soient leurs races et leurs convictions pour peu que ces dernières respectent chaque être humain dans son intégralité physique et psychique.
- Belgique : par l'engagement de ses membres et des donateurs belges !
J'ai mentionné l'équipe des professionnels et des bénévoles de l'association. J'aurais dû parler d'équipage, une entité que je connais bien ! L'équipage d'un navire militaire est calculé au plus juste. En conséquence, chaque membre a son rôle à tenir sous peine d'accroître à l'excès la charge des autres car la mission reste inscrite au programme. Il en résulte un respect et une attention constante de tous pour chacun, afin que la vie difficile à bord - milieu confiné et mouvant- soit aussi supportable que possible pour chacun. Cette solidarité des gens de la mer garantit l'exécution de la mission attribuée, quels que soient les risques naturels ou autres. Y a-t-il un fait déterminant dans votre vie ? M.V.: Au cours de ma vie, j'ai rencontré des personnalités hors du commun. Elles remplissent leurs tâches de formation avec une conviction qui dépasse de façon transcendante l'importance accordée à leur personne, modestes mais exemplaires. Grâce à elles, j'ai découvert qu'en chaque être humain, plus est en lui et qu'au plus profond de lui-même, avec une patience infinie, le Dieu Amour l'attend. 07.05.2008 |