Cellule Retour & Réintégration

Mission au Cameroun


Parcours du 30 septembre au 6 octobreDu 29 septembre au 6 octobre, Thomas Jézéquel, responsable Afrique pour la réintégration, et Anne Dussart, responsable des programmes sociaux de Caritas, accompagnés par Marieke Van Der Vliet de Maatwerk Bij Terugkeer (lié à CORDAID Pays-Bas) étaient en mission au Cameroun afin d’évaluer leur partenaire et de découvrir la situation sur place.

La mission a été un réel succès et a permis de découvrir un large éventail de projets économiques et sociaux, ainsi que d’avoir un excellent aperçu des conditions de vie dans ce pays. L’impression générale est extrêmement positive et laisse entrevoir de réelles possibilités de réintégration pour les migrants camerounais de Belgique.

Notre partenaire au Cameroun, le CCEY, a une grande expérience dans l’appui aux initiatives économiques des migrants, ayant collaboré avec des organisations françaises, suisses, mais aussi belges il y a quelques années : M. Dalle Biack était en effet le partenaire de l’ex-OCIV (Vluchtelingenwerk Vlaanderen) et du CIRE dans un projet similaire qui n’a pas été pérennisé. Il s’occupe de la partie « conseil » du CCEY, en soutien aux promoteurs migrants et locaux. Le CCEY possède également une structure de crédit, le CCEY-FUND, chargée du renforcement d’activités déjà existantes.

Route de Yaoundé à BamendaDe Yaoundé à Douala en passant par Bamenda et Buea, nous avons rencontré plusieurs promoteurs rentrés de Belgique et de France, dans des conditions variées, et bénéficiant d’appuis inégaux. Nous avons également été reçus par deux ministères (Jeunesse et Agriculture), des ONG, et une Institution de Micro-Finance. Les conditions de voyage assez épiques nous ont également permis de coller au plus près de la réalité du terrain.

En ce qui concerne le retour au départ de la Belgique, la comparaison entre les situations de Mr Félix M’babit (hébergé en ILA à Kasterlee) et Mr Bradley Lyonga (10 mois dans un centre Croix-Rouge à Eeklo, 2 mois dans une ILA à Zottegem) est édifiante sur l’influence que l’accueil en Belgique peut avoir sur un retour éventuel.

Bien intégré en Flandres, M. M’babit a correctement appris la langue, s’est constitué un réseau social important, et a eu le temps de réfléchir à son retour. L’aide financière de FEDASIL, à hauteur de 700 euros, n’a constitué qu’un appui secondaire par rapport à l’aide reçue de ses amis belges : près de 6000 euros en espèces ou en nature : minibus en bon état, machines de boulangerie d’occasion (four, pétrisseuses), et aide financière pour acheter un groupe électrogène. L’appui du partenaire a constitué en un soutien administratif pour dédouanement du matériel à Douala (pour un coût de 2700 euros !!), l’élaboration d’un business plan, ainsi qu’en un suivi régulier malgré la distance entre Bamenda et Yaoundé (près de 7h de route pour 350 km).

M. Felix M’babit vit dans le village de Guzang, à 40 km de Bamenda (partie anglophone du Cameroun) au bout d’une piste en terre qui doit être impraticable en cas de fortes pluies. Les coupures d’électricité sont courantes. C’est l’impossibilité de trouver un local abordable à Bamenda qui l’a poussé à installer son projet de boulangerie dans son village d’origine. L’accessibilité réduite et les coupures d’électricité constituent des obstacles réels à la viabilité du projet. Mr M’babit a suivi une formation de boulanger chez un retraité du village de Kasterlee qui l’a pris sous son aile pendant son séjour en Belgique. Le pain préparé grâce au matériel importé de Belgique, mais également grâce au spectaculaire four traditionnel en briques, est d’une qualité supérieure. Il est vendu, grâce à un réseau de livreurs en motos, dans tous les villages environnants et dans les écoles voisines.

Devant le four traditionnel de Mr M’babitMais les revenus seraient nettement supérieurs à Bamenda, où il compte investir, dès qu’il le pourra, dans un dépôt-vente permettant d’écouler sa production. Pour ce faire, il a besoin d’un groupe électrogène afin de se garantir contre les coupures d’électricité et assurer une production continue. Mr M’babit joue sur l’aspect « pain belge » afin d’attirer le client. La qualité de son produit lui garantit une clientèle, à laquelle il doit cependant pouvoir accéder. Auparavant sceptique quant à la viabilité du projet, notre partenaire M. Biack s’est dit impressionné par le travail réalisé et par l’énergie et la motivation du promoteur. Il compte, à son retour à Yaoundé, tenter de lui donner accès aux crédits proposés par des organismes tels que le PAJER-U et le PIASI, agences gouvernementales d’appuis aux entrepreneurs indépendants en milieu urbain et rural.

M. Bradley Lyonga vit près de Buea, au pied du Mont Cameroun, dans la province du Sud-Ouest anglophone du Cameroun. Demandeur d’asile en Belgique, il était meneur d’une grève étudiante au Cameroun, violemment réprimée par la police. Battu, il souffre de problèmes de dos que les soins prodigués en Belgique ont atténué mais n’ont pas suffit à effacer. Sa demande d’asile rejetée, il a été très rapidement expulsé de son ILA à Zottegem et a pris sa décision de retour dans la précipitation.Echoppe de M. Lyonga à Buea Après deux semaines difficiles, sans appui social, marquées par la peur d’être repris par la police, l’aide de 1400 euros (cas vulnérable) lui a permis d’ouvrir une petite échoppe qui lui génère un revenu. Il loue au moins ce local ainsi qu’une petite chambre. Il a payé pendant plusieurs mois des soins qu’il ne peut aujourd’hui plus se permettre.
Banni à vie des universités camerounaises, il ne peut pas reprendre ses études de sciences politiques et obtenir son diplôme.

Malgré toutes ces difficultés, le petit commerce ouvert il y a près de 9 mois semble bien fonctionner. M. Lyonga emploie pour les travaux difficiles un jeune homme qui l’assiste quelques heures par semaine. Il met de l’argent de côté et compte louer un second local sur le bord de la route nationale afin de toucher une clientèle plus large. Là encore, Mr Biack va tenter de lui faire profiter des possibilités offertes par les agences gouvernementales d’appui aux entrepreneurs.

Dans le premier cas, l’accueil dans une structure personnalisée, en contact avec la population, a permis au migrant de se constituer un réseau local décisif dans sa réintégration. Dans le second cas, le retour brusque et précipité, difficilement préparé dans des conditions de stress et d’angoisse, aurait pu très mal se passer. Caritas souhaite insister sur la nécessité de donner aux personnes qui ont accepté le principe d’un retour volontaire la possibilité de rester dans le réseau d’accueil pendant une période raisonnable, afin de préparer efficacement leur réintégration.

Afin d’offrir plus qu’un simple appui méthodologique spécialisé dans les activités génératrices de revenu, nous avons également rencontré une ONG spécialisée dans la réhabilitation des victimes de tortures et des personnes souffrant de problèmes pyschologiques, le CRAT-Yaoundé.

Pour la cellule retour, le potentiel de réintégration au Cameroun est élevé. C’est en effet un pays dynamique, certes handicapé par la crise, mais offrant de nombreuses possibilités d’appui aux personnes qui rentrent dans leur pays. Le tout est pour Caritas de se constituer un réseau dense et décentralisé permettant d’appuyer au mieux tout type de projet sur l’ensemble du territoire.

Dans le cadre son projet renforcé pour 2010, la cellule retour tentera d’atteindre la communauté.

 

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