Cellule Retour & Réintégration

CARNET DE VOYAGE – MISSION AU NEPAL


Lors d’une évaluation sur place du projet de réintégration, Annelieke Carlier, de la Cellule Retour & Réintégration de Caritas International a visité nos bénéficiaires rentrés au Népal. Elle était accompagnée de Sofie De Mot qui collabore également au projet. Annelieke nous confie ses impressions dans un compte-rendu de leur mission.

Après 20 heures de voyage nous arrivons enfin à Katmandou. Nous sommes éreintées. Notre personne de contact, Madanika Mukhia, nous attend à l’aéroport. Elle porte l’habit traditionnel, la Kuta. Etant déjà venue à Bruxelles, elle a conscience de la grande différence culturelle qui existe entre la Belgique et le Népal. Nous rencontrons également Ine, l’étudiante qui effectue pour nous une évaluation du projet de réintégration dans la région. Elle a séjourné durant 3 semaines au Népal et a eu l’occasion de réaliser de longs entretiens avec bon nombre de rapatriés, ce que le temps ne nous permet pas toujours de faire.

Rencontre avec Caritas Népal et nos rapatriés

 Le matin suivant, nous faisons la connaissance des chefs de service de Caritas Népal et de leur directeur Fr. Silas Bogati. Ils nous parlent avec conviction de leurs projets en cours dont le programme de « prévention du trafic d’être humain et du VIH/SIDA », qui concerne en particulier le trafic illégal de femmes vers l’Inde et les pays du Golfe, problématique très importante actuellement au Népal. Des programmes éducatifs pour les réfugiés bhoutanais et tibétains ainsi que des secours d’urgence font également partie des activités proposées par la Caritas Népal qui s’est, par exemple, investie des mois durant après les fortes inondations de 2007. Le
programme le plus impressionnant étant sans aucun doute celui de ces groupes de femmes qui, dans les régions montagneuses, sont formées et encouragées à épargner et à investir ensemble (microcrédits). D’ici quelques années, elles formeront un groupe solide doté d’une bonne mentalité et d’une véritable vision d’avenir (socio-economic empowerment) et pourront alors rejoindre les grandes coopératives agricoles également mises en place par Caritas Népal. Plus de la moitié des districts népalais, c’est-à-dire plus de 50% du Népal est impliqué dans ces programmes. Nous avons eu l’occasion de visiter, plus tard dans la semaine, le village de Sirubari, qui connaît un formidable développement depuis que les coopératives s’y sont constituées, comme en témoignent les Népalais eux-mêmes.


Evaluation du projet retour & réintégration


 Dans l’après-midi, nous rencontrons un premier groupe de bénéficiaires du projet retour, raison de notre venue au Népal. Nous sommes en effet ici pour rendre visite aux Népalais que nous avions assistés en Belgique, après qu’ils aient pris la décision de rentrer dans leur pays d’origine. Plusieurs raisons motivaient ce choix : leur demande d’asile s’était clôturée sur une réponse négative et l’espoir de mener une vie décente en Belgique avait donc disparu. En outre, la situation politique au Népal s’était calmée et stabilisée. Lorsque nous les avions rencontrés pour la première fois, leur souhait était donc de rentrer dans leur pays le plus rapidement possible. Et maintenant, ces hommes étaient là devant nous, quelques mois après leur retour au Népal, et ils avaient hâte de nous raconter leur histoire. Il s’agissait d’hommes uniquement parce que le Népal est une société patriarcale, où il n’y a que les hommes qui puissent sortir et travailler pour subvenir aux besoins de leurs femmes et enfants qui restent à la maison.

Etant donné la pauvreté extrême du pays (le Népal est le pays le plus pauvre d’Asie), de nombreuses familles sont contraintes d’envoyer l’un des leurs travailler à l’étranger pour pouvoir subsister. C’est ainsi que de nombreux jeunes hommes intègrent l’armée dans d’autres états. D’autres, comme l’ont fait nos rapatriés, utilisent leurs économies pour rejoindre l’Europe et y demander l’asile. La plupart d’entre eux ont connu de réels problèmes durant les années où le pays était en guerre contre les rebelles maoïstes. Entretemps, la monarchie a été abolie et pour la première fois des maoïstes ont été élus démocratiquement au parlement et ont obtenu la majorité au gouvernement.

Les groupes de rapatriés que nous rencontrons à Katmandou, mais aussi dans les villes de Chitwan et Pokhara, évoquent les aspects positifs et négatifs du projet de réintégration. Les conseils prodigués avant le départ de Belgique leur semblent indispensables de même que l’accompagnement de la Caritas Népal une fois de retour au pays. Et le fait que nous mettions à disposition un modeste budget pour assurer leur réintégration, à condition que celle-ci soit « durable », les oblige à réfléchir à des perspectives d’avenir avant leur départ. Cela fait bien souvent toute la différence pour ces Népalais, qui ont parfois tendance à hésiter et à tergiverser. La plupart préfèrent s’installer dans une grande ville car dans les villages ils pensent n’avoir aucune chance de retrouver un emploi. Mais dans les grandes villes il semblerait que le montant alloué par Caritas Belgique ne soit pas suffisant pour démarrer sa propre entreprise. Car au Népal aussi les prix s’envolent ! Quoi qu’il en soit, ils reconnaissent tous unanimement qu’une aide financière, même minime, c’est toujours mieux que rien et que celle-ci constitue un coup de pouce bien nécessaire.
Pour certains, le contact humain avec la Caritas Népal est fondamental. De leur vie antérieure, ils ont perdu toutes les assurances, tant sur le plan social qu’économique, parfois suite à leurs problèmes politiques ou bien souvent parce qu’ils ont vendu tout ce qu’ils avaient pour se procurer un ticket pour la Belgique. D’autres, sont malgré tout rentrés dans leur village isolé et ont pu y démarrer un petit élevage de poulets ou un verger, avec l’argent octroyé par Caritas. Même pour les frais médicaux, le budget alloué semble convenir.

Le Népal : un mélange de cultures

 En marge de l’évaluation du projet de réintégration et des visites à nos rapatriés, nos collègues népalais et surtout à la jeune Prashiksha nous ont fait découvrir la culture locale. Ils ont évoqué pour nous les centaines de groupes d’ethnies différentes et la grande variété de langues et dialectes qui existe au Népal. Ils nous ont également commenté la mixité religieuse du pays ainsi que la dominance du système de castes. Lorsque le Népal était encore Hindou la position de Caritas Népal n’y était pas toujours facile. Depuis lors, le pays est devenu laïque et tolère la liberté de culte, dont Caritas Népal est un bel exemple. En effet, toutes les religions y sont les bienvenues : nos collègues sont hindous, chrétiens, bouddhistes ou musulmans. Il y a des jours fériés pour chaque religion et ils célèbrent ensemble les fêtes religieuses des uns et des autres. Mais ce qui est le plus frappant c’est qu’au sein de Caritas Népal le système de castes n’a pas cours. Toutes les castes, de la plus élevée à la plus modeste, se retrouvent à la même table, le nom de famille (souvent révélateur de la caste) ne compte pas et on ne vous demandera jamais votre origine. Dans un pays comme le Népal où le système de castes est encore fort ancré dans la société, une telle attitude est loin d’être évidente et nous pouvons en être fiers.

14.04.2009

 

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