ACCUEIL DES DEMANDEURS D’ASILE

SATURATION DU RESEAU D’ACCUEIL : QUELLES CONSEQUENCES POUR CARITAS ?


 09/02/09 - Le secteur de l’accueil des demandeurs d’asile traverse actuellement une crise majeure : toutes les places disponibles sont occupées et les nouveaux demandeurs d’asile sont dirigés vers des accueils d’urgence (voire même des accueils de nuit) ou se retrouvent à la rue. Or, le droit à l’accueil est reconnu à tout candidat à l’asile.

La loi du 12/01/2007 consacre en effet le droit à l’accueil pour tout demandeur d’asile dès l’introduction de sa demande. Par accueil, il faut entendre non seulement le gîte et le couvert mais également un suivi social, juridique et médical.

Dès l’introduction de la demande, le dispatching de FEDASIL désigne un centre d’hébergement communautaire où résidera le demandeur d’asile et qui sera son lieu obligatoire d’inscription durant 4 mois. Au terme de ce délai, il peut demander à être transféré dans un logement individuel. C’est dans ce contexte que le service accueil de Caritas héberge des candidats à l’asile dans quelque 200 logements individuels répartis partout en Belgique. Marie Mengeot, responsable régionale, assiste les demandeurs d’asile résidant dans nos structures et les accompagne dans toutes les phases de la procédure. Elle nous donne quelques éclaircissements sur la situation actuelle et les nouvelles mesures :

Libérer des places à tout prix

« Auparavant les bénéficiaires qui obtenaient un statut (réfugié, protection subsidiaire, régularisé) devaient quitter nos structures et trouver leur propre logement le plus rapidement possible. Les instances faisaient preuve de tolérance en matière de délai, ce qui leur permettait de toujours trouver un logement approprié. Mais la pénurie de places d’accueil qui sévit depuis août 2008 a changé la donne. Pour libérer des places rapidement, des délais stricts et extrêmement courts (2 mois maximum), ont été fixés.

En outre, en novembre dernier, la Ministre de l’Intégration sociale a pris une nouvelle mesure exceptionnelle qui visait certaines catégories de demandeurs (dont la procédure dure depuis 5 ans - pour les isolés - et 4 ans - pour les familles avec enfants). Ceux-ci peuvent désormais prétendre à l’aide sociale du CPAS mais doivent également quitter les structures d’accueil endéans les 2 mois. Ce changement intervient sans qu’aucune décision ne soit prise quant à leur statut, ce qui signifie qu’ils n’ont toujours pas le droit de travailler. De plus, n’ayant aucun statut définitif, ils ont d’autant plus de mal à convaincre un propriétaire déjà fort réticent à l’égard des réfugiés reconnus. C’est d’autant plus déplorable en sachant que ces catégories seraient régularisées si l’accord de gouvernement était entériné dans la fameuse circulaire que nous attendons tous. Mais au lieu de cela elles se retrouvent otages d’une situation qu’elles n’ont pas créée. »

Un soutien indispensable


« Les bénéficiaires, contraints de quitter nos structures dans des délais aussi courts, sont aidés dans leurs recherches par une cellule spécifique de notre service. Ce soutien est indispensable car il n’est pas facile de dénicher rapidement un logement adéquat (parfois pour des familles fort nombreuses) à un loyer modéré. Se pose également le problème de la garantie locative ou de certains propriétaires qui rechignent à louer leur bien à des réfugiés.

Pratiquement, ces mesures soudaines ont également compliqué mon travail et m’ont posé quelques cas de conscience. Pour certains de mes bénéficiaires trouver un logement adéquat endéans le temps imparti était quasiment mission impossible. Je pense à cette famille de Kosovars qui ne savaient ni lire, ni écrire et qui ne parlent presque pas le néerlandais ou le français. Ils ont bien failli se retrouver à la rue avec leurs 4 enfants mais in extremis, nous avons pu leur trouver une maison d’accueil pour sans-abris. Ce n’est qu’une solution provisoire mais c’est mieux que rien…

Ou bien encore cette maman seule avec sa fille qui ont finalement trouvé à se loger à Bruxelles. Mais les CPAS de la capitale sont totalement débordés et il lui a fallu attendre un certain temps avant d’être à nouveau prise en charge financièrement. Entretemps, elle s’est retrouvée sans argent, sans nourriture et ne sachant ni comment organiser son déménagement, ni comment s’acquitter du montant de la garantie locative. Là aussi nous avons finalement trouvé des solutions mais cette expérience a été extrêmement éprouvante pour elle, tant physiquement que psychologiquement ».

Les nouvelles mesures n’ont rien résolu

« Je comprends que l’on doive libérer des places pour éviter que les nouveaux demandeurs d’asile se retrouvent à la rue, mais en mettre d’autres littéralement sur le trottoir, est-ce vraiment la solution ? Je m’interroge aussi sur l’efficacité des mesures puisque depuis quinze jours le réseau est à nouveau saturé et que des femmes, des enfants et des handicapés sont renvoyés à la rue, faute de solution d’accueil. La création de 850 places supplémentaires provisoires est une bonne nouvelle mais aucune véritable solution ne sera efficace tant qu’elle ne sera pas structurelle. »



Dans le cadre de l'accueil des demandeurs d'asile Caritas International recherche d'urgence des logements à Seraing.

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