Caritas International soutient les demandeurs d’asile à la rue

Interview d’Eliane Stefanovic, assistante sociale du service social Brabantia


03/01/2011 - Depuis octobre 2009, près de 8000 demandeurs d’asile n’ont pas reçu de désignation de place d’accueil par Fedasil. La plupart dormaient en rue ou dans des lieux publics tels que la gare du Nord. Cet hiver, Caritas International et son partenaire, le service social Brabantia, se sont alliés pour les soutenir. Eliane Stefanovic, assistante sociale de Brabantia nous livre son témoignage.


« Je travaille ici depuis 18 ans mais je n’ai jamais connu une crise comme celle-là. Le service social Brabantia assure un accueil de première ligne aux étrangers non européens mais jusqu’à présent les demandeurs d’asile ne se présentaient pas à la permanence. Selon la loi accueil, leur suivi psychosocial et administratif doit être pris en charge par les structures d’accueil qui les hébergent. Mais depuis fin août 2010, la crise de l’accueil ayant pris une telle ampleur, de nombreux candidats réfugiés se sont adressé à nous. Ils venaient nous voir totalement désemparés à la recherche d’un logement. Malheureusement des logements nous n’en avons pas… »

Suivi et réconfort

Depuis septembre, les travailleurs sociaux de Brabantia reçoivent donc les demandeurs d’asile pour lesquels aucune place d’accueil n’a été désignée et leur offrent suivi et réconfort en attendant qu’une solution soit trouvée. Il s’agit principalement de familles avec enfants fuyant les dures conditions hivernales et parfois d’hommes seuls. Eliane nous explique en quoi consiste l’aide apportée : « Dans un premier temps, nous informons les demandeurs d’asile sur leur situation et prenons connaissance de leur dossier. Nous essayons de leur trouver une place en hébergement d’urgence afin d’éviter qu’ils dorment en rue ou dans des lieux insalubres. S’ils n’en ont pas, nous leur conseillons de prendre un avocat et nous leur demandons de nous informer au jour le jour de l’évolution de leur situation. En cas de problèmes médicaux, nous les aiguillons vers les services adéquats. Certains d’entre eux, lassés des conditions de vie qu’ils endurent ou déçus de constater que la Belgique n’est pas l’Eldorado qu’ils espéraient, souhaitent rentrer chez eux. Mais, bien souvent, ils ont tout abandonné pour pouvoir migrer et se retrouvent sans un sou en poche, épuisés par le froid et la faim. Dans ce cas, nous les soutenons et les aidons concrètement à organiser leur retour volontaire dans le pays d’origine. »

De quoi manger et tenir le coup


Toutefois, depuis quelques temps, l’aide offerte n’était plus suffisante. La situation humanitaire critique des demandeurs d’asile a poussé Caritas International et son partenaire Brabantia à en faire plus. « Les parents nous demandaient sans cesse à manger pour leurs enfants » nous confie Eliane, « un jour, une petite fille de 7 ans a été auscultée en urgence. Le médecin a diagnostiqué une angine et a prescrit des antibiotiques. Le père est revenu tout penaud, parce qu’il avait lu qu’ils devaient être pris en même temps que le repas. Seulement ils n’avaient rien à manger… C’est là que nous avons commencé à fournir des colis alimentaires aux demandeurs d’asile suivis. De quoi apaiser leur faim et tenir le coup : du pain, du fromage, des fruits, des biscuits, du lait, de l’eau mais également des mouchoirs, du papier hygiénique et des langes pour les bébés. Ne pouvant aider tout le monde, nous avons été obligés de fixer des conditions assez strictes : les colis étaient destinés aux demandeurs d’asile arrivés depuis peu et qui, ayant reçu une non désignation de place, avaient introduit une requête contre celle-ci. » (ndlr : introduire un recours étant alors la seule façon de se voir attribuer une place d’accueil).

Collaboration et solidarité renforcées

Eliane poursuit : « C’est ainsi que chaque jour, les familles de demandeurs d’asile venaient chercher leur colis de nourriture. Ce qui nous permettait de garder un contact quotidien jusqu’à la désignation d’une place dans le réseau d’accueil. Certaines familles ont ainsi été logées après 3 semaines tandis que d’autres, suivies depuis 6 semaines, sont toujours à la rue. Nous servions également de point de contact pour celles n’ayant pas d’adresse et de téléphone. Les avocats nous appelaient régulièrement pour nous donner des nouvelles quant à la procédure ou à l’attribution d’une place. » Cette crise de l’accueil aura donc permis de renforcer la collaboration entre tous les acteurs impliqués : avocats, services d’urgence, services sociaux, … En réalité c’est toute une dynamique positive qui s’est mise en place et ce particulièrement au sein du service social Brabantia : « Les demandeurs d’asile à la rue sont devenus notre priorité, nous nous sommes tous alliés pour combattre cette injustice. Dans cette bataille, nous avons toujours pu compter sur l’appui de Caritas International et de ses juristes » précise Eliane. « Avec cette perspective commune notre équipe s’est retrouvée plus soudée que jamais. Chaque matin, nous préparions les colis pour les familles et lorsque la salle d’attente débordait de monde, nous assumions la tâche de manière solidaire et avec entrain. Certains d’entre nous ont laissé de côté pour un temps d’autres dossiers moins urgents, tels que ceux de regroupement familial car, même si être séparé de sa femme ou de ses enfants est une souffrance en soi, cela n’est pas comparable à dormir à la rue par moins 7 degrés et le ventre creux. »

 

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