Sri Lanka

Lentement mais sûrement, les Sri-Lankais réapprivoisent la mer

François-Xavier Lefèvre
l'Echo

» "Aujourd'hui, le principal défi est de relancer l'économie locale"
» "Prochaine étape: expliquer aux gens le tri sélectif"

Deux ans après le tsunami, la reconstruction se poursuit. Avec le soutien financier et technique des ONG.

Sur la route côtière qui relie la bruyante Colombo au sud du pays, le va-et-vient des bus et des camions a repris. Les petites échoppes sont réapparues dans les marchés. Tout le long, la mer offre son paysage. Sans les quelques ruines aujourd'hui étouffées par les nouvelles constructions, on aurait presque du mal à imaginer l'ampleur de la catastrophe. Pourtant, le Sri Lanka a été durement touché par le tsunami qui a balayé toutes les côtes: 43.000 morts et disparus, 500.000 déplacés et 120.000 maisons détruites.

Fauchés par le tsunami, les Sri-Lankais vont aujourd'hui de l'avant. C'est le cas de Bertram Pereira. Ce catholique pratiquant était pêcheur avant le 26 décembre 2004. Il assistait, en ce lendemain de Noël, à l'office religieux à l'église Sainte-Mary-de-Matara, dans le sud du pays, quand la première vague est venue frapper les côtes.

Il est 9 heures du matin. De retour sur les lieux de la catastrophe, il nous montre le choeur de l'église, où on a retrouvé une voiture. "Je n'avais jamais réalisé que la mer pouvait être si puissante. Après la première vague, j'ai vu la mer se retirer. Je ne pensais pas à la catastrophe qui allait suivre. Très vite, des tonnes d'eau ont envahi l'église. Elles ont tout englouti. Heureusement que j'étais un bon nageur, car il n'y avait rien pour s'agripper. J'ai donc nagé vers l'extérieur pour rejoindre l'arrière du bâtiment, qui fait face à la mer. J'ai réussi à sauver deux personnes, mais 24 paroissiens ont perdu la vie".

Aujourd'hui, deux ans après que son église a été ravagée par le tsunami, les stigmates laissés par l'eau ont disparu. Près du choeur, deux paroissiens s'activent à installer la crèche. Seules quelques photos sur le perron rappellent l'importance des dégâts. Mais, comme le souligne Pereira, "la vie reprend tout doucement, même si les conditions restent difficiles".

Une construction ralentie
Sur le terrain, les ONG financent la reconstruction des maisons détruites. La politique mise en place par le gouvernement au lendemain du tsunami voulait que chaque habitant ayant perdu sa maison en reçoive une nouvelle d'ici la fin de l'année. L'objectif ne sera rempli qu'à 50%. En cause, la lourdeur administrative de l'état. "Le premier défi, au lendemain de la catastrophe, a été de vérifier la liste des bénéficiaires donnée par le gouvernement, afin d'éviter qu'une même personne reçoive deux maisons", explique le frère Damian Arsakularatne, directeur de Caritas Sri Lanka dans le district de Galle, au sud du pays. Autre frein, le casse-tête autour de la zone tampon. Cette zone côtière d'une largeur de 200 mètres a été, dans la hâte après le tsunami, déclarée non reconstructible par le gouvernement. Son dessin a été modifié à plusieurs reprises. "Cette idée de zone d'exclusion n'était pas réaliste. Comment obliger des pêcheurs à aller habiter à plus de deux cents mètres de la mer? Il a aussi fallu attendre que le gouvernement donne de nouveaux terrains pour reloger les déplacés. Sans ces changements, on aurait certainement fini le programme de reconstruction." Rétrécie jusqu'à parfois 30 mètres après les élections de 2005, la zone soulève aujourd'hui de nombreuses interrogations: "le gouvernement reste-t-il propriétaire de la parcelle donnée? Et l'ancienne terre le long de l'océan, à qui appartient-elle désormais?"

Quant à l'aide financière du gouvernement, elle se monte à 250.000 roupies (2.500 dollars) pour ceux dont la maison a été détruite. "Ce n'est évidemment pas assez pour financer la construction de l'habitation entière.
Certains habitants se tournent donc vers nous alors qu'ils sont à peine à la moitié de leurs travaux. Cela nous oblige, par exemple, à analyser les fondations afin d'en vérifier la solidité".
De leur côté, des ONG comme Caritas ont dû faire face à la hausse du prix des matériaux. Le prix du ciment, par exemple, a augmenté de 50% en deux ans. En moyenne, Caritas débourse 800.000 roupies pour une nouvelle maison. Les habitations neuves commencent à accueillir leurs premiers occupants. Tel est le cas d'Udayanga Rashan: après avoir passé deux ans dans un camp de fortune, Udayanga vient de recevoir les clés de l'une des quarante-deux habitations construites par Caritas à Kalupe. Ancien pêcheur reconverti en coach de volley, il habitait près de l'océan. Son ancien village a été totalement rasé. Aujourd'hui, il ne veut plus y retourner. "Le tsunami a tout détruit. J'ai perdu un frère en mer. Depuis deux ans, nous vivons dans un camp. C'est difficile. Je ne veux plus jamais aller en mer".

Avec son épouse, sa mère et ses quatre enfants, Udayanga n'aspire qu'à une chose : "reconstruire ma vie ici, loin de l'eau. Je pense que nous serons bien", dit-il de l'intérieur de sa nouvelle maison de 125 m². Dehors, on entend ses enfants. Ils se sont déjà approprié la plaine de jeux située au centre du nouveau village.
Pour son nouveau départ, Udayanga a consulté les astres. "Le meilleur moment pour emménager, ce sera fin janvier." Un signe positif qui doit également l'aider, lui et les 41 autres familles, à construire un esprit de communauté dans un village où la population est issue de religions et d'horizons différents.

À ce jour, Caritas a achevé 2.304 maisons, et 3.000 sont en cours de construction.

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