HAITI

TEMOIGNAGE : « LES HAÏTIENS VEULENT RETROUVER LEUR DIGNITE »

 « De prime abord, ce qui surprend, lorsqu'on arrive à Port-au-Prince, c'est cet état de délabrement qui persiste une année encore après le terrible tremblement de terre qui a ravagé ce pays. » C'est la première impression de notre collègue Le Nha Truc, revenue récemment d'une mission en Haïti, en compagnie de Luc Van Hoef et de Philippe Douryang notre expatrié aux premières heures du séisme.

Nha Truc évoque ensuite « ces interrogations persistantes devant les innombrables amas de débris tout au long des voies et chemins, comme les carcasses éventrées de bâtiments qui semblent vouloir rappeler au visiteur une tragédie qui a du mal à se faire oublier. Ou cet indicible sentiment d'insécurité qui vous prend instantanément, au cœur de Port-au-Prince, dont certains quartiers délabrés et laissés à l'abandon débordent de misère. Seuls les groupes d'enfants, souvent en uniforme pour ceux qui ont la chance de fréquenter l'école, dénotent au milieu de ce chaos indescriptible de bâtiments éventrés et de rues défoncées que les lumières blafardes des rares éclairages nocturnes n'arrivent pas à atténuer. Mes premières impressions, ce sont celles-là et puis, au milieu de tout cela, le quartier privilégié, presque huppé de la capitale haïtienne : Pétionville, là où sont regroupés les étrangers, pour la plupart des humanitaires des nombreuses ONG et entreprises qui aujourd'hui encore participent à la reconstruction d'un pays toujours exsangue, une année après le séisme. »


Lassitude et inquiétude

Nha Truc poursuit : « Pétionville, un « riche quartier » qui dénote avec le reste de la capitale. Là, on peut même s'offrir un bon repas chez un compatriote néerlandophone expatrié et dont le commerce semble être devenu, par la force des choses, le rendez-vous obligé de la plupart des occidentaux séjournant en Haïti. Il y a aussi, certes, les « casques bleus » de la Minustah en patrouille. Mais ce qui frappe et interpelle, c'est le sentiment de lassitude extrême des populations, vaquant à leurs occupations quotidiennes, qui paraissent inquiètes face à ces lendemains marqués d'incertitude. Il y a de la peine et des angoisses et cela se ressent très fort, malgré une aide internationale importante, de nombreux projets et surtout une enveloppe humanitaire de plus d'1 milliard d'euros dont 4,2 millions d'euros rien que pour Caritas International (2 millions versés sur son propre compte « 41-41 »). Une somme conséquente mais dans un contexte compliqué et sous tension marqué par l'absence de Gouvernement ou les lenteurs administratives. »


Problèmes sociopolitiques


« Or, les besoins sont énormes » nous confirme Nha Truc, « et à l'image de la situation catastrophique caractérisant Haïti qui doit affronter, parallèlement à la catastrophe naturelle, des problèmes sociopolitiques. C'est probablement l'une des raisons qui font que le pays n'est pas géré comme il conviendrait. Il faut dire que de très nombreux cadres compétents sont morts pendant le séisme et que la plupart des institutions ont été rasées : les documents administratifs, particulièrement ceux du cadastre national, ont presque tous disparus. Les citoyens ont tout perdu et l'administration doit désormais faire face, en plus des problèmes bureaucratiques d'avant séisme, à un déficit flagrant d'administration et de gestion. Dans cet imbroglio administratif auquel tente de faire face un gouvernement en affaires courantes, réduit au maximum, la population essaie de tirer son épingle du jeu mais cela se fait souvent au détriment de la question sécuritaire qui en devient problématique. A tel point que vous ne verrez que rarement un « étranger » déambuler seul en ville. Et jamais le soir. La misère, le chômage, la violence, l'absence de perspectives d'avenir pour un pays à très fort pourcentage de jeunes, font que des dérives inévitables se greffent à une situation déjà catastrophique. Les « expatriés » préfèrent donc poursuivre leurs missions en véhicule, souvent tout terrain. Très rarement à pied, sauf sur chantier. C'est d'ailleurs dans des conditions souvent très difficiles, exacerbées par une insécurité ambiante, que travaille généralement le personnel des ONG engagé en Haïti, notamment à Port-au-Prince. »


Rencontres sur le terrain


Au terme d'un voyage d'une dizaine d'heures en voiture et après une halte déjeuner aux Cayes, l'équipe envoyée sur le terrain par Caritas International, arrive finalement à Jérémie à l'ouest de Grand'Anse. C'est dans la localité d'Abricots qu'elle rencontre les représentants des agriculteurs pour lesquels Caritas va mener un vaste programme de lutte contre l'insécurité alimentaire. D'après Nha Truc : « Ce fut un contact très enrichissant. Il nous a permis d'évaluer au mieux les besoins des populations locales, qui ont notamment exprimé le besoin de se former aux techniques agricoles et d'élevage et d'avoir un meilleur accès aux outils et aux races améliorées de bétail, afin de mieux se prendre en charge et de devenir plus autonomes. Ce projet nous semble particulièrement utile, dans la mesure où, tout au long de notre périple, nous avons découvert une campagne et des terres agricoles apparemment fertiles, au regard de la multitude de variétés fruitières rencontrées. C'est d'ailleurs assez surprenant de constater que la plupart des produits, dont ceux issus de l'agriculture, sont importés alors que des potentialités énormes existent et ne demandent qu'à être exploitées localement. C'est ce qui fait véritablement l'intérêt de ce type de projets et c'est la raison pour laquelle Caritas leur accorde une importance particulière. »


Sécurité alimentaire, garante d'une vie décente


« Dans cette région, nous avons rencontré une population plus souriante, plus accessible, plus avenante et de toute façon naturellement plus hospitalière. Les enfants, croisés au bord de la route ou à la sortie de l'école nous saluaient, venaient nous taper dans les mains et puis s'enfuyaient joyeusement en riant, » nous confie Nha Truc. « Peut-être ce contact plus spontané est-il dû au fait que cette région ne vit pas les mêmes difficultés que celles affectées par le séisme? » s'interroge-t-elle avant de poursuivre : « Notre impression est que nous devons axer nos efforts sur des projets similaires, sans succomber à la tentation de seulement reconstruire des logements (comme c'est le cas à Duval, par exemple). Car, au-delà d'un nécessaire toit, les Haïtiens semblent plutôt préoccupés par la recherche d'un travail qui leur permettrait d'obtenir un revenu pour nourrir leur famille et de retrouver rapidement leur dignité. Et en cela, les potentialités agricoles du pays permettent d'offrir aux Haïtiens l'opportunité de parvenir à atteindre leurs objectifs de vie décente, grâce à l'aide humanitaire et par le biais de projets réalistes tenant compte des vœux des bénéficiaires. Et c'est aussi le principal but recherché par tout le réseau Caritas, fortement impliqué en Haïti. »

 

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