Niger

LES PAYS DU SAHEL ORIENTAL AU BORD DE LA CATASTROPHE HUMANITAIRE


 24/06/2010 - Caritas International lance un cri d’alarme : une famine d’une ampleur sans précédent touchera bientôt la partie orientale du Sahel, située entre l’Afrique subtropicale et le désert du Sahara. D’ici peu, quelque 10 millions de personnes risquent en effet d’y mourir par manque de nourriture. La situation est catastrophique au Niger, où environ 8 millions d’habitants (60% de la population) souffrent de la faim mais elle est aussi préoccupante dans de nombreuses régions du Tchad, du Burkina Faso et du Mali.

"« Les besoins sont énormes. Rien qu’au Niger, plus d’1,5 million d’enfants de moins de 5 ans souffrent de sous-alimentation. 380.000 d’entre eux (soit 1 sur 4 !) sont en véritable danger de mort. Si la communauté internationale ne fournit pas vivres et soutien financier très rapidement – c’est-à-dire dans les jours ou les semaines à venir – la région ne pourra échapper à une terrible tragédie alimentaire. En effet, si cette aide n’arrive pas, un nombre incalculable d’habitants y mourront de faim » déclare Raymond Yoro, secrétaire de Caritas Niger (CADEV).


Personne n’a oublié le poignant documentaire de la BBC sur la famine en Ethiopie en 1984. Ces images choquantes ont bouleversé la planète entière et provoqué une énorme vague de solidarité, avec des concerts contre la faim aux quatre coins du monde. Aujourd’hui, à peu près un quart de siècle plus tard, le Sahel oriental frôle une catastrophe humanitaire plus dramatique encore. La situation est d’autant plus inquiétante que les stocks de nourriture de la (maigre) récolte précédente seront entièrement épuisés dès la fin du mois.

En attendant la prochaine récolte (septembre/octobre), la population rurale endure misère et pauvreté. De nombreuses familles doivent vendre le peu de bétail qu’elles possèdent pour pouvoir acheter à manger. Et, pour survivre, beaucoup d’agriculteurs sont contraints de vendre leurs terres à des multinationales agricoles. Les personnes totalement sous-alimentées finissent par manger le maïs destiné à la volaille, ou se nourrissent uniquement de plantes sauvages. Certains creusent désespérément les fourmilières en espérant y trouver l’un ou l’autre grain. Beaucoup ont abandonné leur maison pour chercher de la nourriture ailleurs.

Causes de la famine actuelle

  • Avant tout la pauvreté préexistante dans les pays du Sahel. D’après la Banque Mondiale, la moitié de la population concernée par la pénurie alimentaire, doit subsister avec un revenu d’1,25 dollar par jour. Les pauvres n’ont donc tout simplement pas les moyens d’acheter des vivres. Et ce d’autant plus que la succession de mauvaises récoltes a fait rapidement grimper les prix des denrées alimentaires d’en moyenne 30%.
  • Ensuite le peu, voire l’absence, de précipitations dû aux changements climatiques. A cause de la sécheresse persistante, les récoltes sont maigres ou parfois même totalement ratées. L’agriculture et l’élevage sont en recul. Et d’après les observations actuelles, les périodes de sécheresse pourraient encore augmenter dans un avenir proche, jusqu’à trois sécheresses par période de 4 ans.
  • D’autre part, la déforestation croissante fait avancer de plus en plus le désert loin dans le Sud. Si bien que, le 17 juin dernier, les dirigeants d’onze pays ont décidé, lors d’une réunion au Tchad, d’ériger une « muraille verte », c’est-à-dire une zone de verdure de 15 km de large et de 7000 km de long à travers le Sahel.
  • Et, pour finir, la crise économique mondiale est également une cause importante puisqu’elle est responsable d’une diminution de l’aide alimentaire internationale. En outre, le manque d’intérêt des médias internationaux a également fait chuter les dons. Des 85.000 tonnes de vivres promises cette année au Niger, seulement 47.000 tonnes ont été livrées. Et le pays attend désespérément les 50 millions de dollars d’aide financière promis par l’étranger.


L’approche choisie par Caritas pour contrer la famine

En mai, Caritas Internationalis a lancé une campagne en vue de récolter 3,5 millions de dollar pour distribuer une aide alimentaire à environ un quart de million de familles du Sahel oriental, en privilégiant le soutien aux groupes vulnérables, tels que les enfants et les femmes enceintes et allaitantes. Malgré cela, Caritas a bien conscience que la fourniture massive de nourriture en provenance de l’étranger ne résoudra pas le problème de la famine sur le terrain. Cette aide sauve de nombreuses vies humaines mais rend les populations locales fortement dépendantes et risque d’accentuer leur vulnérabilité dans le futur.

D’après Caritas Internationalis et d’autres organisations humanitaires et de développement, la façon d’appréhender l’aide humanitaire doit évoluer et encourager l’autonomie des personnes. Caritas veut aider les populations locales de manière structurelle, notamment en lançant des projets spécifiques et en mettant à leur disposition des moyens techniques leur permettant de combattre elles-mêmes la sécheresse. Concrètement, cette approche de la sécurité alimentaire se traduit par :

  • l’apprentissage du stockage et de la gestion des eaux de pluie en réservoirs;
  • la construction de systèmes d’irrigation ;
  • le soutien des agriculteurs notamment en leur procurant du matériel agricole moderne, des semences de meilleure qualité, des engrais, etc. permettant de développer leur production agricole ;
  • la constitution d’espaces de stockage pour entreposer les réserves de grains ;
  • la mise en place d’un système d’alerte précoce en cas de nouvelle sécheresse ("early warning system").


 

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