Aide d'urgence pour les victimes civiles de la guerre au Caucase

La Caritas Géorgie et la Caritas locale de Vladikavkaz fournissent de l'aide d'urgence aux victimes de la guerre.

Gori, Georgie. Une femme avec enfant après le bombardement de la ville.

Photo: © David Mdzinarishvili / Reuters/alertnet.org

La situation humanitaire en Géorgie est désastreuse. Selon les dernières estimations officielles, 30.000 personnes ont quitté l’Ossétie du Sud pour se réfugier en Ossétie du Nord. Des milliers d’autres se sont enfuis vers la Géorgie. Après les bombardements sur la ville de Gori, 56.000 personnes auraient quitté la ville et les villages dans les alentours et se dirigent vers d’autres régions en Géorgie.

Ces réfugiés et déplacés ont tout perdu. Ils ont besoin d’aide. La Caritas Géorgie distribue de l’eau potable, de la nourriture, des couvertures et des tentes pour les réfugiés et les victimes du conflit. En compagnie d’experts médicaux, le directeur de la Caritas Géorgie a visité des hôpitaux où sont soignés et hébergés les blessés afin de pouvoir organiser l'aide médicale.

« Après les bombardements des villes et des villages à l'est et à l'ouest de la Géorgie, beaucoup de civils ont été blessés ou tués », raconte Liana Mkheidze, de la Caritas Géorgie. « En ce moment, il est cependant difficile de recevoir des informations précises, puisque les réseaux téléphoniques sont partiellement détruits. »


Les ressortissants d’un village à 100 kms de Tiflis prennent la fuite.

Photo: © Gleb Garanich / Reuters/alertnet.org

En Ossétie du Nord, la Caritas locale de Vladikavkaz, à 30 kilomètres au nord de la frontière avec l’Ossétie du Sud, participe à la coordination de l’aide aux réfugiés. En ce moment, les réfugiés sont hébergés dans un camp de tentes entre l’Ossétie du Sud et l’Ossétie du Nord, où a été installé un hôpital mobile. Après avoir reçu les premiers soins, les réfugiés sont transférés dans l’un des 13 logements provisoires se trouvant dans la région d’Alagir, au Beslan, dans les villages de Lchotowo et de Mozdok. Par ailleurs, 100 enfants sont hébergés dans le centre d'aide psychologique à Vladikavkaz.
Les blessés et les malades sont soignés dans sept hôpitaux et la Caritas Vladikavkaz essaie toujours de trouver des kits médicaux indispensables pour les hôpitaux.



A Tbilisi, le journaliste Emmanuel Grynszpan rencontre les réfugiés accueillis dans le village Olympique par la Caritas en Géorgie. La Caritas y prépare des repas pour 350 réfugiés, la plupart des enfants et des jeunes.

« Les réfugiés ne reviennent pas »

Par Emmanuel GRYNSZPAN, à Tbilissi
Journal Le Soir (16-17 août)

Fuyant les bombardements russes et les violences des milices ossètes qui terrorisent la région, les réfugiés géorgiens retranchés à Tbilissi, la capitale du pays, redoutent désormais l'avenir. Dans leur viseur, le Kremlin, accusé d'attiser la haine entre deux entités ethniques qui, jusque-là, parvenaient à coexister pacifiquement en Ossétie du Sud




Ils habitent dans le village olympique et ont subi les épreuves. Mais, eux, ils ont tout perdu. Ce sont des réfugiés géorgiens logés d'urgence dans ce qui était le camp d'entraînement olympique à Tbilissi. Ils ont fui les villages géorgiens et ossètes sous les bombes russes et les rafales des paramilitaires pro-Moscou. Plusieurs ONG, comme Caritas, aident le gouvernement géorgien à leur venir en aide. Autour d'un bol de sarrasin, ils évoquent les conditions de leur fuite. "J'ai eu beaucoup de chance de ne pas me faire dépouiller de ma voiture", explique Elgar, un solide gaillard du village de Xeiti. "Presque toutes mes connaissances ont été, en chemin, éjectées de leurs véhicules par des bandits arrivés avec les Russes. Ceux qui ont résisté ont été abattus."

A quel moment a-t-il compris qu'il fallait partir? "Personne ne nous a prévenus", précise Elgar, qui a embarqué femme et enfants. "Nous avions été bombardés la nuit du 5 au 6 août. Les bombardements ont recommencé dans l'après-midi du 6. Et, tout d'un coup, nos forces de police se sont volatilisées. J'ai compris qu'il fallait immédiatement partir. Nous avons juste eu le temps de sauter dans la voiture." Il s'inquiète: "Mon oncle de 70 ans est resté sur place. Trop vieux pour bouger."

"Rayé de la carte!"

Emzar Kakhniachvili, 42 ans, cantonnier du village de Kekhbi, a fui dans des circonstances similaires. "Nous sommes partis le 6 août, vers 17 heures. Les bombardements avaient commencé et les avions russes nous survolaient régulièrement. Nous avons traversé le village d'Eredvi juste après qu'une bombe a explosé à côté du cinéma. Le cratère était énorme. J'ai vu 12 morts dont 4 femmes." La veille, ils y avaient échappé de peu. "Les avions ont bombardé dans la nuit, vers 2 heures du matin. Mon voisin a eu le bras arraché et le toit de sa maison a été soufflé." Il s'estime heureux d'avoir fui à temps, mais ne se fait guère d'illusions pour l'avenir. "Je sais que je ne reverrai jamais mon village. Il se trouve entre Tskhinvali (la capitale administrative d'Ossétie du Sud, ndlr) et la frontière russe. Trop loin de la Géorgie. De toute façon, il a été rayé de la carte!"

Emzar a une explication économique de la situation. "Kokoiti (président de l'administration prorusse d'Ossétie du Sud, ndlr) est le chef d'une clique de bandits. Depuis longtemps, il règne sur le trafic de pétrole et de cigarettes. Aujourd'hui, il fait son beurre sur tout ce qui s'échange en Ossétie. Il n'y a qu'un point de passage avec la Russie (un tunnel), il est facile de tout contrôler. D'ici, on exporte des fruits et légumes vers la Russie. Dans l'autre sens, on importe tout le reste, y compris drogue et armes. Il y a 4 ans, notre président Saakachvili a fermé l'énorme marché noir vers la Géorgie, puis il a voulu mettre de l'ordre jusqu'en Ossétie. Voilà le résultat."

A qui la faute? Pour Elgar, pas de doute. "C'est (suit un épithète local intraduisible, ndlr) Poutine!" Emzar élargit la culpabilité aux Ossètes en général. "Ce sont eux qui m'ont tout volé. Après notre départ, ils ont tout pris dans ma maison puis l'ont incendiée." Et comment se passait la cohabitation avec eux jusqu'à présent? "Nous nous connaissons tous les uns les autres, mais nous ne sommes pas amis. Les Ossètes ont toujours voulu vivre avec les Russes."

"Ici, dans le Caucase, les Russes ont toujours été des occupants"

Aslan, un agriculteur de 45 ans dans le village mixte de Tkouïevi, voit les rapports interethniques différemment. Et pour cause, sa mère est ossète. "Tant que les Russes ne s'en mêlent pas, nous nous entendons bien. Nous vivons depuis une éternité ensemble. Nous sommes tous des paysans dans la région et nous nous connaissons tous, Ossètes ou Géorgiens. Toutes ces histoires de politique nous passent par-dessus la tête. Ici, dans le Caucase, les Russes ont toujours été des occupants." Pour lui, Moscou a creusé un fossé entre les deux ethnies. "La Russie a annexé l'Ossétie du Sud en distribuant à tous les Ossètes des passeports russes." Le Kremlin a d'ailleurs justifié son intervention armée en Géorgie sous prétexte d'assurer la protection de ses citoyens. "En réalité, la nationalité s'accompagne d'un paquet social avec des allocations et retraites trois fois supérieures à ce que verse le gouvernement géorgien." Mais la carotte s'accompagne du bâton. "Tous les Ossètes ont accepté la nationalité russe parce qu'ils savent qu'ils seront traités comme des parias s'ils refusent", raconte Aslan, qui admet, lucide: "Les Ossètes subissent la guerre exactement comme nous. Ils ont peur, comme nous."

Pour Ketino Khetagori, c'est le vieux volcan caucasien qui s'est réveillé. Cette femme au foyer, âgée de 34 ans, raconte d'une voix douce et un peu éteinte que, en 1991,elle avait déjà été chassée de Tskhinvali "par les Russes". Depuis, elle s'est relogée, avec son mari et ses fils de 11 et 14 ans à Nikozi, un village tout proche. "Mes fils parlent géorgien et russe. Ossètes et Géorgiens parlent russe entre eux", précise-t-elle. Les deux langues n'ont, en effet, rien à voir. "Je pensais qu'ils pourraient vivre en paix." Mais elle se ravise. "Je savais qu'une explosion se produirait tôt ou tard. Mais je n'imaginais pas si vite." Pour Ketino, les Russes sont responsables. "Ce n'est pas un problème entre Ossètes et Géorgiens. C'est notre territoire et nous avons été annexés." Contrairement à Emzar, elle pense qu'elle reverra un jour sa terre natale. Debout aux côtés de Ketino, regardant fixement devant lui, son mari marmonne tout seul en géorgien. "Mon mari est tellement tourmenté... Ses parents sont restés sur place et impossible de les joindre. Leur téléphone ne répond plus." Le voilà qui sort brusquement de son apathie et tonne en russe "Les réfugiés (géorgiens) d'Abkhazie ont fui il y a 15 ans. Aucun d'eux n'est jamais rentré chez lui!"


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