Burkina Faso

CARITAS : L’AUTOPRODUCTION DE NOURRITURE EN TANT QU’ARME CONTRE LA FAMINE


 18/05/10 - Le Burkina Faso est l’un des pays du Sahel occidental (situé entre le désert du Sahara et l’Afrique subtropicale) gravement touché par la famine, suite aux importantes inondations et aux déplorables récoltes de ces dernières années. La situation est en effet particulièrement préoccupante non seulement au Niger, mais également au Burkina Faso, au Mali, en Mauritanie, au Tchad et au Nigéria où la crise alimentaire fait rage. Dans l’ensemble de la région, plus de 800.000 enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition ! Le père Isidore Ouedraogo, Secrétaire Exécutif National de la Caritas Burkina Faso (OCADES), a d’ores et déjà planifié un programme d’aide.

« Nous ciblons en priorité les groupes les plus vulnérables du nord et du nord-est du Burkina Faso, où sont situés les territoires les plus pauvres du pays. L’aide de Caritas sera destinée à environ 1500 familles de 6 personnes en moyenne, principalement des familles monoparentales ou dont le chef de ménage est une femme et des familles ayant durement subi les inondations des années précédentes. D’une part, nous délivrerons une aide alimentaire d’urgence et, d’autre part, nous stimulerons la production agricole en distribuant gratuitement des semences de bonne qualité, de l’engrais et des outils » confie le père Ouedraogo.

La longue période de sécheresse ainsi que les inondations et les maigres récoltes de ces dernières années ont fortement mis à mal l’économie du Burkina Faso. La plupart des habitants ont été contraints, faute d’argent, de vendre leurs céréales et leur bétail pour pouvoir subsister. En effet, les céréales et les animaux sont le seul « carnet d’épargne » sur lequel les familles peuvent compter : ils constituent en quelque sorte une réserve « en nature » permettant, entre autres, d’acheter des vivres et d’assurer les frais médicaux ou l’enseignement des enfants. A présent que cette « réserve » est épuisée, les conséquences se font durement sentir dans le domaine de la santé publique, de l’approvisionnement en nourriture ou de l’enseignement, et cela dans l’ensemble du pays.

Autonomie

« Pour combattre efficacement l’insécurité alimentaire croissante, nous devons avant tout aider à relancer la production alimentaire locale » explique le père Isidore Ouedraogo. « L’action du gouvernement et des organisations internationales s’est jusqu’à présent concentrée sur la production de coton, destiné à l’exportation. Les revenus de ces exportations étaient censés permettre aux populations de se nourrir. Mais la pratique nous a permis de constater que cela ne fonctionne pas. Lors des précédentes crises alimentaires de 2006 et 2008, les habitants du Burkina Faso se sont rapidement retrouvés victimes des spéculations et de la volatilité des prix du marché alimentaire mondial. »

C’est pourquoi, d’après le père Ouedraogo : « La souveraineté alimentaire est importante. Il est en effet essentiel que les petits agriculteurs - représentant 80% de la population - puissent produire suffisamment pour assurer leur propre consommation de nourriture et offrir un revenu à leur ménage. Les agriculteurs pourront ainsi librement décider d’échanger leur production de sorgho contre une quantité plus importante de riz importé d’Asie. Mais dans tous les cas, c’est la production locale qui leur permettra d’accéder à l’économie mondiale. »

Priorités de Caritas

La population, majoritairement agricole, du Burkina Faso devra, par la force des choses, s’adapter aux changements climatiques et à leurs impacts négatifs sur son mode de vie. D’après le père Isidore Ouedraogo, Caritas devra continuer à prendre en compte les besoins immédiats de la population en délivrant son aide alimentaire à tous ceux qui souffrent de la faim mais, dans le même temps, il faudra également travailler à l’amélioration de la situation sur le long terme au Burkina Faso : « Nous voulons aider les gens à s’aider eux-mêmes, en établissant quelques priorités. »

- diversifier la production alimentaire. Jusqu’à présent, les agriculteurs produisaient essentiellement du sorgho et des arachides, mieux adaptés au type de sol du pays. Caritas les encourage désormais à cultiver des haricots verts, des pommes de terre, des carottes, des aubergines et même des fraises.

- améliorer l’accès à l’eau en construisant des petits barrages et des puits. Caritas a installé sur un puits d’eau une pompe électrique, alimentée par l’énergie solaire. Celle-ci peut remonter entre 3 à 5 mètres cubes d’eau. C’est suffisant pour irriguer un hectare de champ durant une année entière. S’il est vrai qu’une telle pompe coûte cher (environ 30.000 euros), il s’agit surtout d’un investissement durable dont un village tout entier peut bénéficier.

- soutenir la transformation et la distribution des productions propres. Actuellement, dans un village pauvre, les femmes passent de longues heures à moudre le sorgho à la main. Si Caritas leur procure de petits moulins pour le faire, elles auront alors plus de temps pour cultiver leurs champs.

 

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