 Le centre de santé Kindele et son combat contre la malnutrition (2) La dimension humaine Au-delà de la réalité des faits et des chiffres, il y a le drame humain. Si vous entrez dans l'unité où ces enfants sont traités, vous ne pouvez pas rester indifférent. Le local est sombre. Vos yeux ont de la peine à s'adapter à la pénombre. Mais après quelques minutes, vous voyez une vingtaine de lits alignés le long du mur et sur lesquels des mères et leurs enfants sont assis ou couchés. Vous sentez l'atmosphère oppressante car aucun mouvement, aucun son ne vient perturber le silence. Mères et enfants vous regardent sans vous voir. Leurs regards sont vides... sans aucune lueur d'espoir. Et puis, il y a ces petits corps décharnés... A ce moment là, vous pensez peut être à ce poème écrit par un inconnu : « Ils sont si bien élevés, les gosses qui meurent de faim : ils ne parlent pas la bouche pleine, ... Non, non rassurez-vous, ils ne vont pas crier : ces petits-là, ils sont trop bien élevés... Eux, ils pleurent sans bruit, on ne les entend pas, ils sont si petits qu'on ne les voit même pas... ». Mais n'ayez crainte. L'émotion fait très vite place à l'action et au concret. Sœur Julie vous donne toute l'information nécessaire concernant le traitement de la malnutrition : les enfants souffrant de malnutrition sévère sont hospitalisés pour un vingtaine de jours dans la section thérapeutique. Là, ils reçoivent un repas tous les 3 heures et ce, 24 heures sur 24. Le traitement se fait en 2 phases. La première dure de 3 à 7 jours. Durant celle-ci, les enfants reçoivent du lait facilement assimilable, de la vitamine A et un traitement préventif en ce qui concerne les principales maladies récurrentes. Dès que l'enfant redécouvre la sensation de faim, on entame la deuxième phase du traitement. L'enfant reçoit du lait auquel on a ajouté du fer. On lui administre des médicaments vermifuges. Il est pesé et examiné régulièrement car, dans de nombreux cas, la malnutrition va de pair avec d'autres maladies. Si, au cours de l'exposé de Sœur Julie, vous regardez autour de vous, vous voyez que les mamans restent imperturbables. Vous n'osez pas prendre des photos ou interroger les mères. Est-ce par pudeur face à la souffrance ? ou est-ce par respect de la dignité humaine ? Probablement que certains aspects de votre propre histoire acquiert une nouvelle dimension... Question de retourner à l'essentiel de la vie ! Surtout lorsque vous constatez qu'au moment de nourrir leurs petits, les mères reprennent vie et leurs regards retrouvent leur éclat et expriment tant d'affection. Lorsque vous vous rendez ensuite au service de jour. Vous vous rendez compte que l'atmosphère y est moins tendue. Ici, renaît l'espoir. Tous les enfants ont déjà suivi un traitement de 20 jours dans la section « malnutrition sévère ». Ils viennent au centre une fois par semaine. Ils y sont examinés et y reçoivent des vivres pour une semaine et ce, durant trois mois environ. Dans ce centre, les mères suivent une formation nutritionnelle et une formation agricole qui doit leur permettre d'aménager un jardin potager. L'utilisation de légumes frais dans la nourriture quotidienne fait des merveilles : 85% des enfants traités guérissent complètement et ne rechutent pas par la suite. Mais d'où viennent ces enfants sous-alimentés. Il y a d'abord les nouveaux nés. Selon Sœur Julie les bébés pesant 3 kg à la naissance appartiennent au passé. Aujourd'hui, ils pèsent en moyenne 2 kg. De ce fait, de nombreux enfants passent immédiatement de la maternité au service thérapeutique. Il y a aussi les enfants qui, durant les consultations post-natales, sont transférés à ce service et ceux que les bénévoles du BDOM dépistent lors de leur visite aux familles. Pour ces derniers la difficulté réside dans le fait que les grands-mères et les mères éprouvent une très grande honte face à l'état nutritionnel de leurs enfants et font tout pour cacher au monde extérieur l'enfant qui en souffre. Quant à la relation mère-enfant, celle-ci est bien souvent perturbée : l'enfant malnutri ne rit plus et ne réagit plus à sa mère. Ce n'est qu'après les 20 jours de traitement qu'il est à nouveau capable de sourire. Les mères sont aux anges lorsqu'elles voient réapparaître un sourire sur les lèvres de leur enfant. Elles y puisent le courage de poursuivre le traitement. Ici, dans ce centre, le pessimisme qui assaille le visiteur des services thérapeutiques. fait place à l'optimisme Mais les sentiments que l'on éprouve sont complexes : un optimisme raisonnable et un désir profond de poursuivre son soutien à Sœur Julie du centre de santé de Kindele et, en même temps, une profonde reconnaissance vis-à-vis des donateurs, surtout vis-à-vis de la direction et du personnel de la Clinique Saint Pierre qui mettent tout en œuvre pour que ce centre et ses différents services puissent poursuivre leurs activités, jour après jour. Gerda Wylin
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